TROISIÈME ÉPISODE

Chères amies, chers amis,

Merci beaucoup des messages que nos premiers envois ont suscités. Vous nous encouragez à rendre plus mélodique votre confinement.


Mais attention ! quand vous aurez recouvré votre liberté d’aller et venir, nous pourrons ouvrir les épreuves du spécial « Bach » des Musicales afin de mettre au concours le diplôme du meilleur « confiné » musical !

Claude Charier prend la relève aujourd’hui pour nous conter un Vivaldi universel et nous rappeler la venue en Luberon de certains des grands interprètes du prêtre Roux: le Venice Baroque Orchestra et son chef, Andrea Marcon, qui commencèrent leur brillante carrière il y a plus de 20 ans aux Musicales. Tous ces remarquables musiciens tentent de se protéger dans une Italie du Nord durement frappée. Ils bravent la fatalité et viennent d’enregistrer un CD consacré à Giuseppe Tartini.
Tartini: Violin Concertos, Venice Baroque Orchestra, Chouchane Siranossian violon, Andrea Marcon direction.

Viva  la Musica !

Renato Sorgato, Patrick Canac

Cliquez sur les textes soulignés et écoutez...

Sommaire

Le compositeur l'emporte sur le prêtre roux
L'Estro armonico, ou le début de la renommée européenne
Vivaldi un compositeur lyrique prolixe,
une place majeure dans la musique instrumentale européenne,
Vivaldi, un grand compositeur de musique religieuse,
Vivaldi, le compositeur universel.
Introduction

 

Introduction

N°1
Judith triomphante

1er mouvement,
(Vivaldi: Juditha Triumphans, R.644 / Pars prior - "Arma, caedes, vindictae")
Durée: 4'10

 

Vous venez d'entendre le premier mouvement de Judith triomphante, oratorio d'Antonio Vivaldi, interprété par le chœur et l'orchestre de chambre de Berlin, sous la direction de Vittorio Negri.
Judith triomphante, le seul des quatre oratorios de Vivaldi qui nous soit parvenu, a été écrit à une époque où la musique dramatique était encore pour le compositeur un domaine relativement nouveau (1713). Et pourtant dans Judith triomphante, Vivaldi maîtrise déjà les différents moyens d'expression musicale de l'Oratorio. Son talent apparaît au grand jour.
C’est sans doute l'une des plus belles partitions du «Prêtre roux » destinée à un effectif composé uniquement de voix féminines et donné pour la première fois en 1716, au Pio Ospedale della Pietà, l’orphelinat et conservatoire vénitien où Vivaldi, à 28 ans, avait ses habitudes depuis 3 ans.

Qui est donc ce personnage fantasque, séducteur des jeunes femmes, prêtre qui a été dispensé très vite de dire la messe, violoniste virtuose, compositeur inventif , auteur de près de quelques 700 œuvres, d'Orlando furioso  au Stabat mater ?

Nous allons essayer de découvrir Vivaldi au delà de ses Quatre saisons, qui a fait sa réputation mais qui a caché l'immensité de son œuvre.
En écoutant des extraits d'autres œuvres de Vivaldi, nous tenterons de voir en quoi il a été, selon l'expression de certains musicologues, un compositeur universel.

 

 

I- Le compositeur l'emporte sur le prêtre roux


N°2
Beatus vir RV 597
1 er et 2 e mouvement

 

Le Père d'Antonio destina très tôt son fils à l’état ecclésiastique. Ce fut probablement la recherche, pour son fils, d’une belle carrière qui le guida et fut la raison principale du choix de cette orientation, plus qu’une vocation du jeune garçon pour l’état sacerdotal, auquel il n'allait se consacrer que trois ans (1703-1706)  durant sa vie assez chaotique.
Il commença donc, à partir de l'âge de dix ans, à suivre les cours nécessaires à l’école de sa paroisse  et fut ordonné prêtre à l'âge de 25 ans, le 23 mars 1703. Mais trois ans plus tard, l'Inquisition lui interdit de dire la messe et le suspend «a divinis» de ses fonctions sacerdotales, soi-disant pour raison de santé.
On dit qu'un jour, il quitta l'autel pour aller écrire une mélodie à la sacristie et revient un peu plus tard poursuivre la messe, comme si de rien n'était ! Vivaldi, vers la fin de sa vie donna une autre version de cet incident et de la décision  de l'Inquisition : il dut renoncer à dire la messe à cause de difficultés respiratoires et notamment la difficulté à lever les bras pour louer Dieu. Justification peu plausible quand on sait qu'il dirigeait des choeurs et des orchestres où la gestuelle était bien plus importante et constante que le fameux «dominus vobis cum» adressé à l'assemblée, les bras en croix...
> Ces relations pour le moins ambiguës avec les orphelines et son affairisme avec des imprésarios douteux expliquent mieux sa mise à l'écart rapide  de l'exercice du culte dans l'église catholique. Sa morale douteuse n'enlève en rien son immense talent de compositeur qui l'a sans doute sauvé des griffes cruelles et souvent mortelles de l'Inquisition. C'est cette notoriété qui lui valut d'être reçu par le Pape Benoit XIII au printemps 1724, peu soucieux des sanctions dont il avait fait l'objet et surtout curieux d'entendre sa musique !

Il a pu continuer à vivre dans sa famille, avec ses parents, jusqu'à leur décès, le père et son fils continuant d’ailleurs à travailler en étroite collaboration. Bien que mal connu, le rôle qu’a joué Giovanni Battista Vivaldi dans la vie et le développement de la carrière de son fils Antonio semble d’une importance primordiale et prolongée, puisqu’il décéda cinq ans seulement avant lui. Il semble qu'il lui ait ouvert bien des portes, notamment dans le milieu de l'opéra, et qu'il l’ait accompagné dans de nombreux voyages. Quand il meurt à Vienne en 1741, il est déjà oublié de ses contemporains et reçoit la sépulture des indigents. Mais revenons à Venise.


Antonio a été choisi comme maître de violon par les autorités du Pio Ospedale della pieta (hospice, orphelinat et conservatoire de musique de haut niveau) et engagé à cet effet en août 1703 aux appointements annuels de 60 ducats, quelques mois après son ordination. C'est le début de sa vie professionnelle.
Cloîtrées presque comme des religieuses, certaines des orphelines della Pieta  recevaient une éducation musicale poussée, ce qui en faisait des chanteuses et des musiciennes de valeur. Quelques-unes pouvaient chanter les parties de ténor et de basse des chœurs et jouer de tous les instruments.
Vivaldi dispose ainsi à volonté de ces musiciennes chevronnées, sans souci du nombre ni du temps passé ou du coût, un avantage considérable pour un jeune compositeur, qui pouvait ainsi donner libre cours à sa créativité et mettre à l’essai toutes sortes de combinaisons musicales. C'est là qu'il découvre Anna Giro qui devient son élève préférée, sa cantatrice fétiche qui, de plus,  l'accompagne dans de nombreux voyages
Des concerts publics et payants étaient organisés et très courus des mélomanes et des amateurs d’aventures galantes.

Le libertinage de l'époque n'apparaît  pas incompatible avec l'élévation des âmes et le sens religieux de Vivaldi ne semble pas altéré par un comportement moral douteux. On peut le lui pardonner en écoutant des extraits du Nisi Dominus, interprété par le contre-ténor Philippe Jaroussky et de son célèbre et poignant Stabat mater chanté par la contralto Marie-Nicole Lemieux, avec la participation de l'ensemble Matheus dirigé par Jean-Christophe Spinosi.


N°3
Nisi dominus (cum dederit) RV 608

N°4 
Stabat Mater (dolorosa) RV 621 

 

L'ensemble Matheus s'est définitivement révélé au grand public avec son enregistrement d' Orlando furioso en 2004, récompensé par de nombreuses distinctions
Jean Christophe Spinosi, aujourd'hui chef d'orchestre se produisant sur les grandes scènes avec son ensemble, est violoniste virtuose qui a fondé en 1991  le Quatuor à cordes Matheus
Revenons à Antonio Vivaldi !


 
II- L'Estro armonico ou le début de la renommée européenne de Vivaldi

 

C’est à Amsterdam que Vivaldi décide de confier l’édition de ses œuvres auprès du fameux éditeur de musique Estienne Roger et à ses successeurs, insatisfait qu’il était de ses premiers imprimeurs vénitiens.
> Son opus 3, recueil de douze concertos pour instruments à cordes, intitulé L'Estro armonico sort des presses d’Estienne Roger en 1711. Il  marque une date capitale dans l’histoire de la musique européenne. De cet ouvrage date en effet la transition entre le concerto grosso et le concerto de soliste moderne. Jean-Sébastien Bach en poste à Weimar, à l'âge de 25 ans, fut si enthousiasmé par les concertos de Vivaldi qu’il en transcrit plusieurs pour le clavier.
Le Concerto en ré majeur (BWV 972) est basé sur le neuvième concerto de l'Opus 3 en do majeur de L’Estro armonico de Vivaldi. Nous allons écouter successivement l'allégro du 9e concerto en Do majeur de l'opus 3 de Vivaldi, suivi de sa transcription pour Clavecins de JS Bach.


N° 5
Concerto en do majeur RV 230 Vivaldi

N°6
Jean Sabastien Bach BWV 972

 

Les Concertos en sol mineur (BWV 975) et en sol majeur (BWV 980) sont basés respectivement sur le sixième et le premier des concertos pour violon opus 4, de Vivaldi, plus connu sous le nom de La Stravaganza.

Nous écouterons successivement un extrait de de la Stravanganza de Vivaldi RV 316 et le concerto BWV 975 pour clavecin de J.S. Bach

N° 7 
Stravaganza Opus 4 RV 316

N° 8
Concerto BWV 975

Quelle plus grande reconnaissance pour Vivaldi que d'être ainsi reconnu pour le jeune Jean Sébastien Bach!

III- Vivaldi, un compositeur lyrique prolixe
  
C’est  en 1713, il a trente-cinq ans , que Vivaldi aborde pour la première fois l’opéra, la grande affaire de tout compositeur de renom dans cette Italie du début du XVIIIe siècle.
Après Ottone in villa, Vivaldi devait composer un ou plusieurs opéras presque chaque année jusqu’en 1739.  A l’en croire, il en aurait écrit 94. Cependant, le nombre de titres identifiés reste inférieur à 50 et moins de 20 ont été conservés, complètement ou partiellement en ce qui concerne la musique qui, contrairement aux livrets, n’était jamais imprimée. Une belle performance malgré la révision à la baisse des affirmation d'Antonio !
Arrêtons nous à Orlando furioso, opéra de Vivaldi très significatif de sa manière de travailler comme compositeur mais aussi comme homme d'affaires qui sait saisir toutes opportunités
En 1713, le Teatro Sant'Angelo dont Vivaldi était l'impresario, c'est-à-dire, à l'époque, le directeur, présenta un opéra Orlando furioso du compositeur Giovanni Alberto Ristori avec un livret de Grazio Braccioli. Devant le succès de cette œuvre, Vivaldi composa l'année suivante un opéra sur le même personnage  qui n'eut vraisemblablement aucun succès.
Très rapidement, Vivaldi décida de le remplacer et de reprendre le Orlando furioso de Ristori auquel il apporta les modifications rendues nécessaires par les changements d'interprètes. C'est ainsi que fut présenté fin 1714 le premier Orlando furioso écrit par Vivaldi, même si sa contribution ne fut que partielle. Probablement aiguillonné par l'échec de son Orlando finto pazzo et de son travail à la va-vite pour son premier Orlando furioso, Vivaldi reprit ce thème une dizaine d'années plus tard.
Finalement, c'est en 1727, que Vivaldi reprit le sujet dans son intégralité et que fut donnée la première représentation du Orlando furioso dans sa version connue aujourd'hui, mais sous le titre de Orlando. Le livret de Grazio Braccioli de 1713 fut en grande partie repris pour les récitatifs alors que la plupart des arias sont différentes. Une partie de ces dernières se trouvent déjà dans des opéras précédents.
On dispose de peu d'informations sur l'accueil réservé à cette version de 1727 dans son ensemble. Il semble néanmoins certain que les airs ont connu un grand succès comme en témoigne la reprise par Vivaldi de nombreuses arias légèrement modifiées dans des opéras ultérieurs comme Atenaide (Florence), 1729), ou Semiramide (Mantoue 1732).
Il est temps de se laisser emporter par la colère d'Orlando dans une aria da capo pour mezzo-soprano, chantée par la magicienne Alcina dans l'acte I, scène 2. , interpretée au Théâtre des Champs Elysées par Jennifer Lamore, sous la direction de Jean Christophe Spinosi et son ensemble Matheus.

N° 9 
Orlando
Acte 1 scène 2

 

On ne peut évoquer les opéras de Vivaldi, sans écouter des extraits de La fida ninfa et quelques commentaires de jean Christophe Spinosi et de ses solistes.
La première représentation eut lieu le 6 janvier 1732 au Teatro Filarmonico de Vérone
Après un long chantier d'une douzaine d'années, le nouveau Theatro Filarmonico fut prêt pour l'inauguration en 1730 avec la représentation de La fida ninfa dans une version mise en musique par Orlandini. Mais la cérémonie fut interdite par le pouvoir vénitien et l'inauguration finalement repoussée de deux ans.
Entre-temps, les membres de l'Académie Philharmonique de Vérone passèrent commande d'une nouvelle version de La fida ninfa à Vivaldi qui travailla sur ce texte écrit trente ans auparavant par le marquis Maffei. Ce dernier dépensa lui-même des sommes importantes pour monter l'opéra et organiser les festivités de l'inauguration.
L'œuvre de Vivaldi rencontra le succès et grâce aux liens tissés à cette occasion, l'Académie de Vérone confia au compositeur la fonction d'impresario du théâtre en 1735. Vivaldi y créa trois autres opéras: L'Adelaide, Il Tamerlano (Bajazet) et Catone in Utica. L'homme d'affaires et le compositeur semblent faire bon ménage !
Dans les années 1960, La fida ninfa fut le tout premier opéra de Vivaldi à bénéficier d'un enregistrement discographique et voici l'interprétation donnée par Spinosi avec son ensemble Matheus et de grands solistes que vous allez reconnaître, Sandrine Piau, Philippe Jaroussky, Vérocia Caagemi et Marie Nicole Lemieux..qui vont vous chanter et vous commenter quelques aires de La Fida ninfa.


N° 10
La fida ninfa RV 714
  

IV- Une place majeure dans la musique instrumentale européenne.

C’est à sa musique instrumentale - et principalement à ses concertos - que Vivaldi doit la place éminente qu’il occupe dans la musique européenne.
Les trois musiciens à l'origine du concerto furent Corelli (1653-1713), Torelli (1656-1709) et Vivaldi (1678-1741), que suivirent quelques compositeurs à peine moins brillants parmi lesquels Tartini (1692-1770), Géminiani (1678-1748), élève de Corelli et de Scarlatti, ou encore Locatelli (1695-1764).
Vivaldi fut le premier compositeur à utiliser systématiquement la forme du ritornello, qui devint par la suite une norme pour les mouvements rapides des concertos. Le ritornello était une section qui revenait dans différentes tonalités et était jouée par l'orchestre entier. Elle alternait avec des sections dominées par le soliste (épisodes) qui, dans son œuvre, étaient souvent de véritables exercices de virtuosité. Il établit pratiquement le format ternaire du concerto (allegro, andante, allegro) et fut parmi les premiers à introduire des cadenza pour solistes. Le véritable initiateur de la formule et de son succès est Antonio Vivaldi alors que Giuseppe Torelli en reste l'inventeur.

 

4.1. Les 98 Sonates de Vivaldi

On conserve de Vivaldi 98 sonates, dont 36 imprimées sous les numéros d’opus 1, 2, 5 et 14.

  • 42 sonates pour violon et basse continue.

  • 25 sonates pour deux violons et basse continue.

  • 10 sonates pour violoncelle et basse continue.

  • 21 sonates (y compris trios) pour divers ou plusieurs instruments.

Ses premières œuvres imprimées (les opus 1 et 2) témoignent de cette forme musicale, susceptible d’une exécution facile dans le milieu familial et amical par le jeune musicien et son violoniste de père. Les formules instrumentales les plus utilisées sont : un violon (une quarantaine de pièces), deux violons (une vingtaine), un violoncelle (neuf pièces, dont les six de l’opus 14, longtemps considérées d’attribution douteuse), une flûte.
> Dans ses sonates, Vivaldi se conforme à la structure traditionnelle de la sonata da camera — magistralement illustrée par Corelli; ce sont en fait des suites respectant sans grande rigueur la structure «allemande - courante - sarabande - gigue». Ses premières sonates sont des œuvres soignées, mais de peu d’originalité (à l’exemple de Corelli, il termine son premier recueil par une suite de variations sur La Folia). Celle-ci se fait jour dans les pièces plus tardives et notamment les magnifiques sonates pour violoncelle de l’opus 14 qui appartiennent au grand répertoire de l’instrument.
J'ai choisi le 1er groupe de musique ancienne de NY, The Sebastians, pour son interprétation fidèle à l'esprit de La Folia.

 


N° 11
La folia

 

4.2. Incroyable production de 507 Concertos

Le concerto est la forme musicale dans laquelle s’inscrit la plus grande partie de son œuvre instrumentale, qui a fondé sa renommée européenne et qui le place au rang des plus grands compositeurs. S’il n’en est pas l’unique créateur, c’est lui qui en a fait une des formes les plus importantes de la musique classique occidentale.

L’ensemble des concertos composés par Vivaldi est d’une extraordinaire variété.

  • Cette variété réside tout d’abord dans celle des formules instrumentales mises en œuvre, consistant en tous les possibles avatars du concerto grosso et, plus précisément, du concertino.

  • La variété réside ensuite dans les instruments utilisés. Vivaldi composa le plus grand nombre de ses concertos pour le violon, afin de les interpréter lui-même. Mais il a, plus que tout autre compositeur, fait appel à presque tous les instruments en usage à son époque. Il est le premier compositeur à utiliser la clarinette  dans les concertos RV 559 et 560). En voici une belle interprétation par l'ensemble Zefiro dirigé par Alfredo Bernadini avec des solistes italiens talentueux qu'aurait apprécié Vivaldi

N° 12
Concerto pour 2 clarinettes.
 

- La variété réside encore dans l’inspiration des thèmes : musique pure à prédominance mélodique — où Vivaldi brille de façon particulière — ou contrapuntique, musique imitative voire impressionniste souvent inspirée par la nature (Les Quatre saisons bien sûr, mais aussi d’autres portant des noms évocateurs : La tempesta di mare, La Notte, Il Gardellino, Il Rosignuolo, etc....Les quatre premiers mouvements de La Notte témoignent  de l'imprégnation des thèmes sur la musique de Vivaldi que l'on trouve bien sûr très fortement dans les Quatre saisons. Mais suivons le principe établi au départ, nous n'écouterons pas un extrait des Quatre saisons mais de La Notte pour illustrer ce propos.

N° 13
La Notte

 

Le fil conducteur participant à l’unité de son œuvre instrumentale est la structure en troismouvements Allegro — Andante — Allegro empruntée à l'ouverture à l'italienne et parvenue ici à son parfait équilibre. Même si Vivaldi la transgressa parfois, il l’imposa la structure des trois mouvements par la vigueur de son interprétation personnelle et par sa large diffusion imprimée ou en copies dans toute l’Europe. Les premiers et troisièmes mouvements sont généralement des pièces de virtuosité ; le mouvement central, lent, est plutôt de caractère lyrique, élégiaque ; dans de nombreux cas, le soliste y joue seul ou avec la basse continue réalisant la marche harmonique.

 

V- Vivaldi, un grand compositeur de musique religieuse

 

Sa formation religieuse jusqu'à son ordination, sa longue présence à la Pieta malgré ses voyages, font de Vivaldi un compositeur imprégné de la liturgie et inspiré par les textes saints (n'oublions pas qu'il a continué à lire le Bréviaire) mais avec son trait spécifique qui renouvelle le chant sacré.
> On conserve une cinquantaine d’œuvres de musique religieuse de différents types : éléments de la messe tridentine et leur introduction sur texte libre (Kyrie, Gloria, Credo), psaumes, hymnes, antiennes, motets, dont ses Nisi Dominus, RV 608, Stabat mater et Filiae maestae Jerusalem RV 638, composés probablement vers 1716, interprété ici par Philippe Jaroussky

N°14
Filiae maestae Jerusalem

 

Les formules vocales sont diverses: chant soliste ( motets et cantates ), chœur, solistes et chœur, double chœur. Elles dépendaient de l’institution pour laquelle elles furent composées, soit l’église de la Pietà, où elles étaient interprétées pour un public payant sa place comme pour un concert, soit pour la basilique Saint-Marc dont les tribunes se faisant face avaient donné naissance à la tradition des compositions en double chœur, soit enfin pour des commanditaires tel le Cardinal Ottoboni. Le Cum sancto spiritu qui termine son somptueux Gloria  est chanté par le John Aldis Choir et un orchestre de chambre anglais sous la baguette de Vittorio Négri.


N° 15
Cum sancto spiritu
 

On s'imagine bien dans la Basilique St Marc écoutant le fameux Gloria de Vivaldi dans sa totalité …
Peu connu pour ses cantates, Vivaldi en a composé 39

  • 22 cantates pour soprano et basse continue,

  • 8 pour contralto et basse continue,

  • 5 pour soprano, orchestre à cordes et basse continue

  • 4 pour contralto, orchestre à cordes et basse continue

Ces œuvres étaient interprétées par les pensionnaires de la Pietà. Elles dépeignent, non une action, mais un sentiment, une situation psychologique en deux arias séparés par un récitatif.
> Elle n'est pas pensionnaire à La Pieta, mais elle connait bien Vivaldi et vous interprete quelques mouvements de la cantate 684 Cessate omai, voici la voix de Cécilia Bartoli.
 

N°16
Cessate omai

 

V- Vivaldi, le compositeur universel  

Le caractère universel du talent de Vivaldi, déjà évident dans les extraits écoutés ce matin, peut se résumer en trois points:

  • Vivaldi était, selon tous les témoignages contemporains, un virtuose incontesté du violon. Il a promu une technique de jeu originale: bariolage, grand staccato, doubles cordes…), parfois décriée pour son aspect spectaculaire et excessif, mais qui a été suivie par ses disciples et émules directs et indirects jusqu'à Paganini.

  • Principal initiateur et promoteur du concerto soliste, ce créateur de formes tient une place essentielle dans le développement de la musique classique : le concerto et la symphonie lui doivent l’impulsion initiale qui en a fait les formes orchestrales majeures pendant la période classique, le XIXe siècle et au-delà.

  • Le compositeur a parfois été critiqué pour certaines de ses prétendues faiblesses. Celles-ci doivent être examinées au regard des très nombreux compositeurs qui ont suivi son exemple et se sont inspirés de son style d’écriture, comme Telemann, Haydn et Bach qui fut envoûté par ses concertos et qui en transcrivit au minimum dix dont six pour le seul recueil de L'estro armonico (opus 3).  


Conclusion

En conclusion, malgré toutes les rumeurs qui entourent Vivaldi, et souvent à juste titre, le prêtre roux a été plus compositeur que prêtre et dans sa boulimie d'écriture il a laissé libre cours à une immense créativité qui en fait un compositeur universel.


N° 17

Amen du Nisi DominusX

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