TREIZIÈME ÉPISODE

Chères amies, chers amis,
 

Faute de pouvoir nous rencontrer pour partager nos passions dans nos concerts ou nos conférences et tous les moments de convivialité qui nous rassemblent depuis des années, nous vous adressons un nouveau Musicovirus. Nous conservons ainsi les liens que nous nous engageons à entretenir et vous recommandons de nous adresser vos commentaires après lecture et écoute de ces exposés électroniques.

Aujourd’hui, il est question de Puccini et de son opéra Tosca. C’est le préféré de Catherine Dufort qui tenait tant à vous en parler et vous faire part de son admiration pour Puccini. Peut-être reconnait-elle dans Floria, les valeurs qu’elle apprécie comme le courage et l’esprit de liberté et accorde-t-elle à son mari, Bruno Dufort, le rôle de Cavaradossi, un talentueux homme de bien ! Mais qui dans sa vie incarnerait Scarpia ? Elle ne nous le dit pas. Tant mieux. Nous préférons finalement ignorer ce genre personnalité maléfique si, par malheur, elle existait !

Catherine est choquée par les réactions d’une certaine critique qui a vilipendé cet opéra au moment de sa création. Heureusement, il fut plébiscité par le public qui ne s’est pas trompé sur l’excellence universelle de cette œuvre. Cet écart de jugement ne nous surprend pas. Tosca se situe, en effet, à la croisée des chemins entre le style vériste ou belcantiste qui continue toujours à nous émouvoir et les tendances nouvelles qui se font jour au début du XXème siècle mais qui ne suscitent pas forcément l’adhésion populaire. Peut-être commence ainsi le divorce entre la musique dite savante et d’autres modes d’expression appréciés par le plus grand nombre? Sur ce point, ni Catherine ni nous deux ne prenons position. Ce qui nous importe, c’est la capacité de l'œuvre à nous emporter, à nous surprendre et atteindre nos cœurs. Et pas de doute pour nous trois, Tosca atteint ce but.

Catherine a choisi de vous présenter Tosca par une recherche de vidéos jalonnant son déroulement et dévoilant la tension dramatique croissante de l’histoire. Ses choix dépendent néanmoins de ce qu’elle a trouvé sur Youtube. Evidemment, elle vous propose deux extraits chantés par La Callas qu’elle considère comme la meilleure interprète de Floria. Elle vous donne aussi la possibilité de regarder l’opéra dans son entièreté, chanté notamment par Jonas Kaufmann et Angela Gheorghiu, qui personnifient fort bien les personnages principaux de cette tragédie.  


A vos écoutes,

Renato Sorgato, Patrick Canac

Cliquez sur les textes soulignés et écoutez...

SOMMAIRE
 
I/ L'ENFANCE DE PUCCINI
II/ SES DÉBUTS
III/ SA MATURITÉ
IV/ TOSCA : L'OEUVRE
V/ LA CRITIQUE


 

I / L'ENFANCE DE PUCCINI
 
Giacomo Puccini est né en 1858 à Lucques, petite ville de la Toscane, située à quelques kilomètres de Pise. Il est issu d'une lignée de musiciens d'église, dont certains étaient organistes; l'un d'eux signa un opéra.
Fils aîné et seul garçon d'une famille de six enfants, le petit Giacomo est très gâté par ses parents en raison d’un caractère difficile. A six ans, il perd son père; et c'est aussitôt la gêne financière pour la famille.
Sa mère lui fait bénéficier d'une formation musicale sérieuse et avec un bon choix de professeurs :
- le premier, M. Baci, est aussi son oncle. Sa pédagogie comporte l'administration d'une bonne fessée à chaque faute commise par l’élève;
- le second, Carlo Angeloni, est d'un tout autre niveau et lui donne des notions très approfondies d'orgue (un instrument que l'enfant déteste) et de piano. Cela permettra à Puccini, dans un premier temps, de gagner sa vie grâce au poste d'organiste que la famille lui avait réservé.
Angeloni est aussi compositeur d'opéra. Il amène un jour le jeune Giacomo assister à une représentation d’Aïda à Pise. C’est un choc, une véritable révélation qui scelle en quelque sorte le destin de Puccini. Sans cette première expérience, sa vocation de compositeur lyrique aurait été plus tardive.
S'enchaîne pour Puccini une phase très dure financièrement, qu'il traverse en donnant des leçons de piano et jouant dans les bars avec, paraît-il, un grand sens de l'improvisation. Puis sa mère lui obtient une bourse d'études à Milan, où Giacomo bénéficiera de l'enseignement de deux excellents professeurs: Ponchielli, compositeur déjà connu pour l'opéra La Gioconda, et Bazzini.
De cette période, Puccini dira par la suite : « Ponchielli et Bazzini, qui m'enseignèrent la composition, pensaient que j'avais du talent, et ma première œuvre, une symphonie-capriccio, s'attira les louanges du journal « Perseveranza » ; mais ce n'était pour moi qu'un piètre réconfort : en ce temps-là je rêvais à toutes ces choses que procure l'argent, et dont j'étais si grandement dépourvu. Durant ces années de conservatoire, j'ai tant souffert de la pauvreté, du froid, de la faim et de la misère que mon âme s'est endurcie et a tourné à l'aigre ». C'est dans son opéra La Bohème que le compositeur témoigne de sa jeunesse impécunieuse.
 
 

 


II/ SES DÉBUTS
 

             En 1882, la maison d'édition Sonzogno lance un concours pour un opéra en un acte. Puccini y participe en composant Le Villi. L'œuvre ne gagne pas le premier prix, mais elle est jouée au théâtre Verme à Milan, où par chance, elle est remarquée par l'éditeur de Verdi, Ricordi qui lui commande un nouvel opéra: ce sera Edgar. Ricordi sera par la suite d'un très grand soutien pour Puccini; plus encore, leur rapport se transformera en une amitié durable. Cet éditeur musical est lui-même compositeur (il écrira plus de cent cinquante pièces sous le nom de Burgmein) et fermement convaincu des dons musicaux de Giacomo.
              C'est à cette époque que Puccini rencontre Elvira Gemignani, une jeune élève à qui il donne des cours de piano. Il part avec elle en provoquant un immense scandale à Lucques, ce qui met en péril non seulement son honorabilité, mais aussi son avenir professionnel.. Elvira deviendra ensuite son épouse et lui donnera un fils, Antonio. Femme courageuse, certes, mais aussi férocement jalouse, elle n'empêchera pas les écarts sentimentaux de son mari.
              C'est avec son troisième opéra, Manon Lescaut, qu'advient le vrai début de la carrière du compositeur. La pièce est un triomphe et la critique estime que la relève de l'opéra italien est assurée. C'est aussi à cette période que Puccini commence à travailler avec les librettistes Luigi Illico et Giuseppe Giacosa, dans une forme de coopération à trois intervenants: Illica écrit le texte suivant les exigences très précises de Puccini, tandis que Giacosa ajoute une touche poétique à l'ensemble.
            Après Manon, vient La Bohème, sur un texte de Murger, une œuvre qui retrace en quelque sorte la jeunesse difficile du compositeur. La première, dirigée par Arturo Toscanini, est un échec (comme c’est souvent le cas aux premières), mais elle va très vite se transformer en un énorme succès. Dans cette œuvre, Puccini révèle une sensibilité jusqu'alors étouffée : « Je voulais faire de la mort de Mimi une scène à vous arracher le cœur...Je puis vous assurer que pas un seul des spectateurs de l'opéra ne fut jamais aussi bouleversé que moi...je m'effondrai et pleurai comme un bébé, tant j'étais submergé de chagrin ».
 
 
 

 


III/ SA MATURITÉ
 

          La création théâtrale de Puccini comporte deux phases très marquées :

- la première comprend une période d'incubation (celle de La messe, Le Villi, Edgar) suivie d'un tournant où se manifeste la volonté du compositeur de conserver le concept naturaliste des derniers opéras de Verdi (Otello, Falstaff). Après Manon Lescaut et la Bohème, viendront Tosca et Madame Butterfly, œuvres de la maturité artistique et du succès auprès du public, et représentatives de l'aboutissement de cette première période.

- dans sa seconde phase, avec La fanciulla del West, Puccini commence à être confronté à la contradiction entre une volonté de rester fidèle au mélodrame et un affaiblissement progressif de son inventivité. Émerge alors une époque nouvelle, celle du début du XXème siècle, où la marge existante pour le théâtre d'opéra du siècle précédent est devenue extrêmement réduite. De nouvelles tendances de « modernité » pointent à l'horizon qui affecteront nécessairement le maître.
         Puccini, prédestiné à représenter l'ancienne tradition lyrique, consacre l'extinction de celle-ci dans ces cinq ultimes opéras composés à partir de 1907.
Son langage va alors subir un double conditionnement :
- au début, par l'influence du naturalisme verdien sur la fonction prédominante du chant (que Puccini à ce moment-là considère comme générateur de l'entière structure opératique);
- par la suite, son œuvre enregistre un appauvrissement croissant de la mélodie qui donnera lieu à des formules répétitives propres du maniérisme.
                En 1903, Puccini est victime d'un un très grave accident de voiture d'où il sortira handicapé. Six ans plus tard, sa domestique se suicide après avoir subi des accusations d'une extrême violence et injustes de la part de son épouse Elvira. Ce sera une triste période de scandales et de procès qui alimenteront la réputation quelque peu sulfureuse du compositeur.
Homme passionné, émotif, voire parfois violent, Puccini est à la fois un grand histrion qui sait charmer son public et un grand séducteur attiré par les plaisirs de la vie, le luxe et les belles voitures.. Mais pendant toute sa vie, il reste au fond de lui-même un provincial et un homme de la nature.
En tant qu'auteur d'opéra, il demeure enfin le dernier compositeur italien à être pleinement reconnu de son vivant.
         
 

 


IV/ TOSCA : L'OEUVRE

     
A la fin du XIXème siècle, les drames de Victorien Sardou, héritier de Scribe et maître incontesté de la « pièce bien faîte » sont très populaires en Europe. Ce n’est plus le cas de nos jours, seule Madame Sans-Gêne, du même auteur, est encore à l'affiche.
Tosca avait été écrite pour Sarah Bernhardt que Puccini avait eu l'occasion d’applaudir dans ce rôle à Florence, en 1895, pendant qu'il composait La Bohème. Puccini s'était déjà intéressé à ce drame flamboyant dès 1889, et, deux semaines après la première d'Edgar, il demande à l'éditeur Ricordi de lui obtenir l'autorisation par Sardou de mettre en musique cette tragédie.
          Un certain temps indécis quant à la suite à donner à ce projet, il s’y emploie de nouveau en 1896. Sans doute sa rivalité avec Giordano, dont l'Andrea Chenier obtient un grand succès, pousse le compositeur à se lancer dans l'aventure. Par deux fois, il rend visite à Sardou, qui reprend le livret selon certaines exigences du compositeur: la suppression de l'acte II notamment. Arrachant aussi de Puccini des concessions sur un plan financier, Sardou reste inflexible sur la fin rapide et violente de l’histoire, en dépit de toutes les réserves émises par son interlocuteur qui préconisait une conclusion moins violente.
      Puccini attache beaucoup d'importance à la couleur locale. Pour le début de l'acte II, il se rend à Castel Sant'Angelo pour capter l'ambiance matinale et mieux restituer le son des cloches.
Perfectionniste et intransigeant, le compositeur suit ses intuitions et les impose aux librettistes, souvent dans un climat tendu d'altercations et de coups de colère. Le texte de l'air célèbre « E lucean le stelle », chanté par Cavaradossi, est de Puccini lui-même, jugeant celui de Illica peu apte à l'expression musicale.
Le 14 janvier 1900 Tosca est créé au Teatro Costanzi à Rome, encore une fois avec un échec retentissant, suivi par la suite d'un succès sans précédent.
 
       La trame de l'œuvre rappelle les événements historiques qui se succèdent à partir de 1798. Après la première campagne d'Italie, les troupes de Napoléon avaient en effet occupé Rome et proclamé la république. Mais tirant avantage de l'éloignement de Napoléon, engagé en Egypte, l'armée napolitaine de Ferdinand IV de Bourbon renverse la république et réprime ses représentants. Tosca se réfère à ces faits.

Puccini Tosca Jonas Kaufmann, A Gheorghiu, B Terfel, Vienna 16 04 2016



Acte I
 

L'action se situe à l'église de Sainte Marie-des-Anges de Rome. La porte s'ouvre brusquement pour laisser passer un homme qui se réfugie dans la chapelle de la famille Attavanti, sans même jeter un coup d'œil sur l'attirail d'un peintre, apparemment absent.
Arrive le sacristain, qui ne s'est aperçu de rien et s'étonne de ne pas voir l'artiste, Mario Cavaradossi. Le bedeau récite l'Angelus pendant que le peintre réapparaît. Ce dernier brosse le portrait d’une Marie Madeleine à qui il donne le visage de la marquise Attavanti, observée à plusieurs reprises lorsqu'elle priait dans la chapelle de famille.
Le peintre monte sur l'échafaudage et dévoile le tableau. Le sacristain reconnaît le visage de l'inconnue, venue récemment s'agenouiller au pied de la Madone. Il n'approuve pas qu'une beauté profane incarne des personnages sacrés. Il dépose un panier de provisions et s'éloigne en faisant un signe de croix, laissant le peintre à son ouvrage. Ce dernier, tout en peignant une blonde, pense en réalité à une brune, sa maîtresse, Tosca.

 
1) Recondita armonia  (Cavaradossi - Sacristain)
Tosca: Act I: Dammi i colori... Recondita armonia
Artistes:  Placido Domingo Zubin Mehta

 

De la petite chapelle intérieure, sort Cesare Angelotti, consul de l’ex-république romaine et frère de la marquise. Angelotti s'est évadé de la prison d'état où le chef de la police, le baron Scarpia, l'avait incarcéré avant son exécution. Angelotti est heureux de revoir Cavaradossi, francophile et libéral qui lui propose de se réfugier dans sa villa. Sur le point de l'y accompagner, Cavaradossi entend Tosca l'appeller. Il a juste le temps de passer discrètement à Angelotti le panier de nourriture et de l'enfermer à nouveau dans la chapelle.
 
Apparaît Tosca, cantatrice célèbre, prénommée Floria, dévote mais aussi aimante et jalouse. Elle ressent une présence dans ces lieux qui la rend suspicieuse. Cavaradossi parvient toutefois à la calmer. Ils décident d'un rendez-vous le soir même après le concert.

 
2) Ora stammi a sentir – Non la sospiri Tosca - Cavaradossi)
Giacomo Puccini.. Tosca. Atto 1. Scena quinta Mario! Mario! Son qui! Non la sospiri la nostra casetta Ah, quegli occhi!... - Quale occhio al mondo Floria Tosca - Martina Serafin Mario Cavaradossi - Andrea Carè Orchester der Staatsoper Nationaltheater Prag Conductor – Michael Güttler St Margarethen, 2015
 
En sortant, Tosca s'emporte de nouveau car en tournant la tête, elle reconnaît sur la toile le beau visage blond de la marquise Attavanti. Ainsi est découverte l'identité de cette mystérieuse inconnue. Cavaradossi, encore une fois, apaise sa maîtresse.
 
3) Qual'occhio al mondo ? (Cavaradossi - Tosca)
Teatro alla Scala, 7 Dicembre 2019 Direttore: Riccardo Chailly Regia: Davide Livermore Tosca: Anna Netrebko Mario: Francesco Meli

 

Enfin seul, Cavaradossi libère Angelotti de sa cachette et lui confie les clés de sa villa. Tous deux quittent l'église par une petite porte latérale qui donne directement sur la campagne.
 
Le baron Scarpia surgit accompagné de ses hommes de main. Il veut inspecter la chapelle de la famille Attavanti. Tosca revient à son tour à l'église pour avertir son amant d'un imprévu: un engagement artistique privé au palais Farnèse après son récital.
Scarpia, qui nourrit une véritable passion pour la diva, se montre très entreprenant et sous-entend une liaison entre son amant et la marquise. Tosca, rouge de dépit, quitte l'église. Scarpia ordonne à son bras droit, Spoletta, de la suivre. Lui, ne bouge pas  pour participer à un « Te Deum » célébrant la défaite présumée de Napoléon.

 
4) Tre sbirri, una carrozza... ( Scarpia, Spoletta, Choeur du Te Deum )
Tosca - 1992 Te Deum
 Act I: "Tre sbirri, una carrozza" (Scarpia, Spoletta, Coro)
Artistes: Ruggero Raimondi, Zubin Mehta
 
Acte II

 

Au palais Farnèse, résidence romaine des Bourbons de Naples, Scarpia est en train de dîner. De la fenêtre, il écoute la voix de Tosca qui chante devant la cour fêtant la prétendue victoire contre Bonaparte. Il décide de convoquer Floria.
Spoletta et des policiers demandent à être reçus. L'officier rapporte à son supérieur qu’il n’a pas encore repéré où se terre Angelotti et suppose que Cavaradossi qu’il vient d’arrêter, connait le secret de sa cachette. Commence alors l'interrogatoire mais le peintre n’avoue rien.
Entre alors Tosca qui se jette dans les bras de son amant exigeant d'elle le silence.
C'est le moment que choisit Scarpia, avec un plaisir affiché, pour placer Cavaradossi entre les mains du juge. Puis il entame avec Tosca une conversation d’une apparente courtoisie.
Floria jure d'avoir retrouvé Cavaradossi seul dans sa villa. Mais Scarpia incrédule, cherche à terroriser la cantatrice en lui racontant ce qui se passe dans la pièce à coté où son amant est torturé. Epouvantée, elle cède et révèle l'endroit où Angelotti se trouve.
 
C'est alors que les gardes traînent Cavaradossi dans le salon. Apprenant que Tosca a parlé, ce dernier la repousse vertement. Au même moment, le gendarme Sciarrone vient annoncer la victoire de Napoléon à Marengo. Cavaradossi exulte.

 
5) Vittoria, vittoria....(Cavaradossi)
Luciano Pavarotti sings a wonderful version of Vittoria from act II of Puccini's Tosca. This is one of the best lyrical interpretations of Cavaradossi I've ever heard. One wouldn't usually associate Pavarotti with acting, but he was very convincing as an actor - before his weight made it difficult. Shirley Verrett is singing Tosca and Cornell MacNeil Scarpia. Live 1978 - Tosca - The Metropolitan opera orchestra conducted by James Levine.


Resté seul avec Tosca, le baron Scarpia reprend sa discussion avec la cantatrice. Mais le ton a changé. Le baron se livre à un chantage: si Tosca se donne à lui, elle pourra sauver Cavaradossi et quitter Rome avec son amant.

 
6)La povera mia cena fu interrotta..(Scarpia)
Maria Guleghina and Leo Nucci sing Tosca and Scarpia
Tosca: Act II - Se la giurata fede
Artistes : Riccardo Muti - Coro E Orchestra Del Teatro Alla Scala
 
Courageusement, Floria interroge Scarpia sur le prix qu'il exige en échange de la vie du peintre. Le baron éclate de rire: « n'est-ce pas évident ? Ce n'est pas avec de l'argent que les belles dames payent ici la vie de leurs amants ».
 
7) Già mi dicon venale...(Scarpia)
Aleksey Bogdanov - Tosca - “Già, mi dicon venal”- Scarpia role debut 2016 - Opera North USA

Ecœurée, Tosca repousse le monstre. Retentit, à l'instant même, le sinistre tambour qui prévient de l’exécution prochaine de Cavaradossi. Elle cherche consolation dans la prière.

 
8) Vissi d'arte...(Tosca)
Maria Callas - Vissi d'arte (Puccini, Tosca)
Giacomo Puccini (1858-1924) [ Tosca ] Act 2, Tosca's aria... "Vissi d'arte, vissi d'amore" Covent Garden, 1964

Parmi tous les interprètes de Tosca, nous faisons une mention spéciale pour La Callas, qui a dépoussiéré le rôle et l'opéra. Elle a apporté son sens du théâtre et de la tragédie. Après La Callas, on ne peut plus jouer Tosca de la même façon. Gheorghiu en est une vraie héritière.

 


8 bis) Vissi d'arte...(Tosca)
Titre: Puccini: Tosca, Act 2: "Vissi d'arte" (Tosca)
Artiste: Angela Gheorghiu
Album: Puccini: Tosca, Act 2: "Vissi d'arte" (Tosca)
 

 

Spoletta de retour rend compte à Scarpia qu’Angelotti s'est donné la mort pour échapper à la prison et que le supplice de Cavaradossi va commencer.
 
Tosca, de plus en plus bouleversée, implore d'abord la pitié au nom de son art, puis accepte les exigences de Scarpia à condition que celui-ci lui octroie un sauf-conduit pour gagner l'Etat pontifical avec son amant. Scarpia transige sous réserve de sauver les apparences: l'exécution de Cavaradossi sera simulée par un tir à blanc. A voix haute, il en donne l'ordre à Spoletta, tout en lui soufflant à l'oreille : « comme nous avons fait pour le comte Palmieri », afin que la sentence de mort soit appliquée et non feinte.
 
Pour la troisième fois Scarpia reste seul avec Tosca. Le sauf-conduit est signé, elle ne peut plus reculer devant les avances du baron. Celui-ci se jette triomphant sur sa proie. Tosca, dans un dernier sursaut, s’empare d’un couteau oublié sur la table où Scarpia a pris son dîner. Elle le tue en le poignardant à la poitrine. Maudissant sa meurtrière, ce dernier s'effondre à ses pieds. Tosca arrache de sa main le sauf-conduit, allume deux chandeliers et soupire : « Et s'est devant lui que tremblait tout Rome ! ».

 
9) Tosca, finalmente mia...(Tosca, Scarpia) (jusqu'à fin Acte II)
Tosca, finalmente mia!... Questo è il bacio di Tosca! Maria Callas & Tito Gobbi. Covent Garden 1964.
 
Acte III

 

C'est l'aube sur l'esplanade du château. De sa cellule, Cavaradossi entend la voix d’un jeune Berger.

 
10) Io de' sospiri.. (Andante, lento, largo suivi du chant du Berger)
TOSCA, "Io de sospiri te ne rimanno tanti", wyk. Katia Velletaz. Bregenz '2007
Giacomo Puccini "Tosca". Spektakl w ramach Festiwalu Bregenz '2007. Aria "Io de sospiri te ne rimanno tanti", wyk. Katia Velletaz.
 
Cavaradossi écrit sa lettre d'adieu à Tosca et demande à son geôlier de la lui porter. Les souvenirs du bonheur passé l'envahissent.
 
11) E lucean le stelle...(Cavaradossi)
 Luciano Pavarotti - E lucevan le stelle/Tosca ᴴᴰ

11 bis) E lucean le stelle...(Cavaradossi)
Opera: Tosca/Puccini 3)E lucevan le stelle- Roberto Alagna/2002 (It/En/Fr Lyrics)


 

La porte du cachot s'ouvre, apparaît Spoletta en compagnie de Tosca qui brandit le sauf-conduit de Scarpia. Cavaradossi ne comprend pas cette grâce soudaine, et encore moins l'acte insensé que Tosca vient de commettre.

 
12) O dolci mani...(Cavaradossi)
O dolci mani - Tosca (G.Puccini) Floria Tosca, Saioa Hernandez Mario Cavaradossi, Murat Karahan Cond. Daniel Oren Regia, Hugo de Ana Arena di Verona 6 settembre 2019

 

Tosca explique à son amant le simulacre auquel il devra se soumettre. Avant de se quitter, les amants rêvent d'un avenir radieux.

 
13) Uniti ed esultanti – Trionfal... (Tosca)
Titre: Tosca: Senti, l' ora è vicina...
Artistes :Angela Gheorghiu/Orchestra of the Royal Opera House, Covent Garden/Antonio Pappano

 

Les soldats tirent et Cavaradossi tombe. Tosca attend que l'esplanade se vide avant de s'approcher de lui. Elle s’aperçoit avec horreur que les coups de feu étaient à balles réelles, car c'est bien un cadavre qu'elle enlace. Les cris de Spoletta et de Sciarrone se font entendre dans l'escalier. L'assassinat de Scarpia a été découvert. Spoletta avertit Tosca qu'elle devra payer cher pour la vie du baron. « Avec la mienne », lui répond la cantatrice, tout en se précipitant vers le parapet du château. Avec un dernier cri - « Scarpia, rendez-vous devant Dieu » - elle se jette dans le vide.


V/ LA CRITIQUE
 

Tosca représente l'évolution ultime de la structure musicale de Puccini, que l'on décèle déjà en partie dans les deux opéras qui précèdent celui-ci. Par ses dimensions et la rapidité de l'action, par ses effets mélodramatiques, son réalisme "coup de poing", ou encore son émotivité en roue libre, Tosca nous renseigne sur l'héritage laissé par la seconde période de la composition opératique de Puccini.

En partie pour cette raison, cet opéra a été souvent détesté par ceux qui rejetaient la dimension populaire de l'œuvre, dans ce moment même où en Italie certains milieux intellectuels commençaient à être influencés par un idéal de sublimation wagnérienne.

 Dans son petit ouvrage Le Théâtre d'opéra, le metteur en scène Bronislaw Horowicz ne prononce jamais le nom de Puccini, bien qu'il ait travaillé ses œuvres au théâtre. Quant au titre de Tosca, il n'y figure qu'une seule fois. Encore plus sévère est le musicologue américain Joseph Kerman, qui avait défini l'œuvre « un petit mélo piteux qui n'est admiré de nos jours que par la galerie ».  

A cause de la coloration violente et des traits expressionnistes de cette sinistre histoire, et aussi d'une orchestration « symphonique », très riche produisant des coups de théâtre inattendus et tout à coup réalistes, Tosca a été longtemps considéré par une certaine critique comme une intrusion du compositeur dans des mondes expressifs peu sincères. On écrira même que l'auteur était tombé dans le piège d'un vérisme effréné proche du grand-guignol, avec, la mort de tous les trois protagonistes. Si tel avait été le cas, le compositeur aurait peut-être intitulé l'opéra Scarpia, pour marquer ainsi la figure du personnage  le plus cruel.

Mais bien avant Puccini, Victorien Sardou n'avait pas hésité à donner à son drame le titre de Tosca: la protagoniste, plus qu'une femme et une artiste, devait devenir emblématique. Reste que du point de vue scénique, la présence de Scarpia, bien que réduite, est très forte, avec ses cruautés physiques et psychologiques implacables.

Le conflit est ainsi réduit à la confrontation des caractères, broyés par la fatalité et par leurs propres faiblesses. Il pourrait se dérouler dans n'importe quel décor.

Par ailleurs, Sardou affirmait avoir trouvé son sujet dans un épisode des guerres de religion dans la France du XVIème siècle. Les traits des protagonistes, enracinés dans leurs origines et leur passé, disparaissent. Ils ne laissent que des archétypes, la musique palliant ces lacunes et Tosca devenant le personnage principal à travers l'univers sentimental et sexuel qu'elle projette. Celui de Scarpia est au contraire violent et sans pitié.

Il n'est guère étonnant que, dès les premières années du cinéma, le septième art ait été inspiré par la figure fascinante de Tosca: de la tentative d'André Calmette avec Sarah Bernhardt et Lucien Guitry en 1908, au tournage entamé par Jean Renoir en Italie en mai 1940, interrompu à cause de la guerre.      

On se rend compte, en lisant les différentes critiques sur cet opéra, à quel point l'œuvre de Puccini témoigne de ce moment de rupture entre une période qui se termine et de nouveaux horizons qui apparaissent, mais dont les contours restent encore vagues.

Tosca est de toute évidence encore en grande partie liée au mélodrame italien de la seconde moitié du XIX siècle, mais elle repose déjà assez lourdement sur une technique d'empreinte wagnérienne, sur une « réminiscence », plutôt que sur un véritable leitmotiv.

Catherine Dufort, Renato Sorgato

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