QUINZIÈME ÉPISODE

CONFÉRENCE MUSICOVIRUS DU SAMEDI 9 JANVIER 2021
  
Casta Diva : Maria Callas et ses héritières

Conférencière : Vita Canac

Quand il s’agit d’évoquer les Divas, le nom de La Callas vient naturellement à l’esprit de Vita Canac. Mais comme notre conférencière est subjuguée par ces personnalités lyriques hors du commun, elle ne résiste pas à l’envie de nous présenter les chanteuses qu’elle a rangées en bonne place dans son Panthéon personnel.


Cette sélection s’appuie sur sa propre définition du mot Diva car il y beaucoup d’admirables cantatrices mais peu d’entre-elles accèdent à cette distinction suprême.


Vita nous propose de découvrir ces femmes d’exception dans le répertoire de prédilection de La Callas, Diva par excellence, qui a incarné ce titre de manière éphémère et dramatique. Sa tragique épopée sert encore de contre-exemple aux héritières de La Callas qui revisitent la charge de Diva pour le bonheur des lyricomanes.


A vos écoutes,

Renato Sorgato, Patrick Canac

Cliquez sur les textes soulignés et écoutez...

1/ Maria Callas chante "Casta Diva" (Bellini: Norma, Acte 1)


SOMMAIRE
 
I.      INTRODUCTION
II.     UN TERME ISSU DE L'HISTOIRE DE L'OPÉRA
III.    DIVA, UN TERME À DÉFINIR
IV.    UNE ÉTOILE EST NÉE
V.     LA CONSÉCRATION DE LA DIVA
VI.    LES FRAGILITÉS DE LA DIVA
VII.   LE CRÉPUSCULE DE LA DIVA
VIII. LA FIN DE LA CALLAS QUI N'EST PAS LA FIN DES DIVAS

 

I. INTRODUCTION


 
Pourvues de voix célestes, les chanteuses, dénommées divas, fascinent, déchaînent les passions ou font rêver. Mais qui sont-elles vraiment ?


Elles personnifient à leur manière Norma, Carmen ou bien Tosca, et consacrent leur vie à l’opéra.  « J’ai joué avec les bornes de ma voix. Avec mes ressources physiques. J’ai tout donné aux fanatiques du noble art », expliquait la célébrissime Maria Callas.


Un timbre incomparable suffit-il à transformer ces femmes en idoles du bel canto ? Qui sont les divas d’aujourd’hui ? Il y a peu d’élues pour arborer cette couronne. Elles s’appellent : Cecilia Bartoli, Angela Gheorghiu, Renée Fleming, Natalie Dessay, Anna Netrebko, Diana Damrau, Elina Garancia, Pretty Yende, Sonia Yoncheva, Olga Peretyako, joyce didonato, Aida Garifulina. Je pourrais citer aussi toutes les autres excellentes chanteuses que j’adore, mais pas encore récipiendaires de cette distinction.


A l’instar de Maria Callas, la Diva développe des dons uniques qui la conduisent vers une sorte d’olympe où elle domine toutes ses consœurs, élevée au rang d’une créature surnaturelle, adulée par les foules telle une idole symbolisant majestueusement cette si impitoyable discipline qu’est l’opéra.

Mais rester une Diva comporte une exigence qu’exprimait fort bien Maria Callas : un engagement exclusif pour son métier, qu’elle n’a malheureusement pas suivi. Ce qualificatif, apparu plutôt tardivement, est à définir pour justifier la sélection de Divas que je présente. Je n’éviterai cependant pas la contestation car subsiste un facteur subjectif lorsqu’on d’apprécie les valeurs d’une cantatrice.


Devenir diva n’est pas le résultat d’un imaginaire concours mais résulte de l’éclosion d’une personnalité musicale et théâtrale exceptionnelle émergeant des premiers rôles que lui offre le répertoire lyrique. Ce titre n’est jamais définitivement acquis. Le parcours tragique de La Callas l’atteste.

Cette dernière reste malgré-tout la référence absolue lorsqu’on s’intéresse aux Divas, mais son héritage musical pèse peu face au talent saisissant des nouvelles générations dont je vous soumets les magnifiques interprétations. 


2/ Angela Gheorghiu et Maria Callas - Habanera


II. UN TERME ISSU DE L'HISTOIRE DE L'OPÉRA 

   

Pourquoi, employons-nous le terme de « Divas » plutôt que celui de « chanteuses » ou de « cantatrices ?  Au fil des ans, ce mot d’origine italienne dont la trace remonte au 18ème siècle, a pris dans l’imaginaire du public d’autres connotations.


À l’époque, pour désigner les cantatrices les plus célèbres, on utilise le terme prima donna : littéralement première dame, la chanteuse la plus importante sur scène. Compositeurs et librettistes veillent impérativement à ce qu’elle soit mieux servie que la seconda donna ou la terza donna, sous peine de déclencher des crises de nerfs aux conséquences incalculables. 

Même si elle traine derrière elle des cohortes d’admirateurs, la prima donna du 18ème siècle ne provoque pas pour autant un mouvement de divinisation à son égard. Ce genre d’engouement est réservé aux castrats (le primo uomo), véritables rois glorifiés par le public, couverts d’or et d’honneurs par les monarques européens (Farinelli, le plus fameux d’entre eux).

Quand le règne de ces derniers s’achève, au début du 19ème siècle, les prime donne s’empressent d’occuper leur place et, processus de déification oblige, elle se transmutent en « Divas » (le mot signifie « déesse » à l’origine). Certaines cantatrices créent autour de leur personnes un culte presque extravagant à partir du répertoire qui prend naissance à cette période : le bel canto que l’on dit « romantique » pour le différencier de celui du siècle précédent. Les nouvelles divinités ont pour nom Maria Malibran, Isabella Colbran (épouse de Rossini), Giuditta Pasta, Giulia Grisi, Pauline Viardot. Leurs inspirateurs ne s’appellent plus Haendel, Vivaldi, Porpora ou Pergolesi, mais Rossini, Bellini ou Donizetti. Elles ne surgissent donc pas du terreau de la musique baroque du siècle précédent, mais sont façonnées par l'entrée en lice du bel canto et des formes nouvelles de l’opéra du 19ème siècle. Elles recueillent néanmoins l’héritage des Prime Donne et des castrats.



3/ Renata Scotto - Gianni Schicchi - O mio babbino caro

 

III. DIVA, UN TERME À DÉFINIR

  
Pour être digne de cette appellation, le caractère exceptionnel de la voix, constitue une première condition fondamentale. La Diva se caractérise par un timbre gardant sa beauté dans toutes les tessitures et une musicalité comparable à un instrument de grand prestige.


Sa technique, reconnue et saluée par les professionnels, frise la perfection qui se constate par une ligne de chant (legato) très soutenue, par beaucoup d’aisance et d’agilité si la chanteuse est colorature. Son registre est le plus souvent très étendu pouvant franchir plusieurs octaves sans que son timbre n’en souffre. Une Diva est une virtuose accomplie dont la voix est l’instrument. Un instrument unique d’une valeur inestimable.


Mais il ne suffit pas à la Diva d’émettre des sons encore faut-il qu’elle soit comprise. Sa diction est nécessairement claire et intelligible dans toutes les langues. La Diva est évidemment polyglotte.

La qualité du son qu’émet une Diva se situe au sommet des critères esthétiques des mélomanes ; son timbre possède ainsi des couleurs singulières qui confèrent à la noble émettrice une personnalité rarissime. La Diva dispose en effet d’une palette de nuances qu’elle maîtrise à l’envi en fonction des styles, des rôles et des synopsis des œuvres qu’elle interprète. Elle sait passer des pianissimi les plus touchants à des élans impressionnants qui déclenchent les ovations.

Le répertoire de l’opéra exige, en plus, une certaine puissance afin que la Diva surpasse l’orchestre dont l’effectif s’élargit à partir du milieu 19ème siècle. Elle se produit désormais dans des salles dont la jauge a augmenté à plus d'un millier de spectateurs. Cela explique pourquoi la Diva acquiert ses quartiers de noblesse plutôt récemment. Selon une loi bien connue de l’évolution, l’organe de la Diva s’est adapté à ces nouvelles conditions afin qu’elle préserve l’effet impérial et dominateur qu’elle exerce naturellement.


Une Diva, en définitive, déploie une aptitude à communiquer vers son public le message et l'émotion qu’expriment le texte et la musique. La voix pour cela ne suffit pas en elle-même car elle se montre aussi comédienne capable de se transformer de façon convaincante, au gré des livrets, en héroïne comique, langoureuse ou en tragédienne. La Callas a montré la voie. C’est d’abord cette qualité qui lui a conféré la force d’électriser les lyricomanes au temps de sa grandeur.

La Diva est aussi ambitieuse et entend affirmer sa suprématie dans les styles les plus divers. La Callas s’est lancée dans une fuite en avant voulant prouver son aptitude à tout chanter dans les tessitures les plus éloignées.


Certaines cantatrices de la nouvelle génération ont fait leurs premiers pas dans la musique baroque. Mais craignant de s’enfermer dans un registre qui n’a pas participé à l’avènement de la Diva, au sens moderne du terme, elles se sont efforcées d’aborder les œuvres leur servant de tremplin. C’est le cas de Natalie Dessay ou de Sonia Yoncheva. Cecilia Bartoli fait figure d’exception puisqu’elle doit son immense notoriété à ses prestations autour des compositeurs du 18ème siècle. Elle avait néanmoins convaincu de son potentiel avant, notamment dans une interprétation historique de la Cenerentola.


4/ Cecilia Bartoli - "Non più mesta" - Rossini (La Cenerentola)



Ce faisant, la Diva démontre une qualité essentielle : elle ne se contente pas d’une situation de confort. Elle est entreprenante et sait prendre des risques. Mais s’y emploie-t-elle avec suffisamment de lucidité sur ces possibilités afin de gérer sa carrière avec mesure ? Assurément sur ce sujet, La Callas manqua de discernement. Mais je ne suis pas parvenue au bout de ma démarche, les critères ainsi énumérés définissent ce qu’est une chanteuse exceptionnelle, condition absolument nécessaire, mais pas encore suffisante pour rejoindre le zénith du monde lyrique.

La carrière d’une Diva couvre, en effet, tous les continents, ses succès sont mondiaux. Elle s’apparente ainsi aux stars de la musique pop, mais avec une audience plus restreinte. 

Au même titre que les héroïnes de l'antiquité, une Diva peut faire l'objet d'un récit mythologique.

A ce stade planétaire, apparaissent d’autres attributs qui la hisse vers un statut de divinité, contrainte d’entretenir son allure, figée sur son piédestal, face aux admirateurs en extase. Je n’insisterai pas sur l’apparence physique qui désormais doit se montrer crédible pour camper un rôle avec plus de réalisme.

 
Habillée par les grands couturiers, maquillée de façon soignée et étudiée, arborant des bijoux étincelants, la Diva donne le change de sa popularité et semble personnifier un idéal féminin que les projecteurs dévoilent sur tous les supports médiatiques. Mais dès qu’il s’agit de projecteurs, sa vie personnelle perd son intimité. La Diva se trouve exposée au risque de ne plus maitriser son existence. La gloire se retourne contre la chanteuse.


Encore de nos jours, celle qui symbolise parfaitement la Diva est Maria Callas, avec ses forces et ses fragilités. Mais les Divas d’aujourd’hui, qui connaissent bien la biographie tumultueuse de leur ainée, semblent avoir appréhendé les menaces qui pèsent sur elles.


Pour illustrer ces éléments de définition du terme Diva, je vais donc m’efforcer de parcourir la vie de Maria Callas. Comme le statut fort envié de Diva s’obtient d’abord par la suprématie de sa voix, révélée et reconnue lors d’une prise de rôle, je citerai les ouvrages qui sous-tendirent le lancement de la carrière de La Callas et sa consécration. Puis il y aura des rendez-vous manqués avec ces mêmes œuvres et d’autres qui précipitèrent sa déchéance. A travers les illustrations musicales, je m’emploierai à présenter comparativement ses héritières qui suscitent ferveurs ou ovations et relativisent le génie accordé à leur ainée. Leur biographie sera rédigée dans une autre couleur de caractère.


5/ Maria Callas - la finesse de l'interview française



IV. UNE ÉTOILE EST NÉE

Au lendemain de la seconde guerre mondiale, l'art lyrique connaît un nouvel âge d'or avec l'arrivée d'une jeune cantatrice américaine d'origine grecque : Maria Callas. Elle possède une voix unique facilement identifiable, adopte des attitudes d’une grande noblesse, manifeste beaucoup expressivité, sait passer d’un style à l’autre et varier les couleurs. Déployant des dons innés de tragédienne lyrique, elle réhabilite la Diva originelle et introduit l’arrivée d’une nouvelle génération de cantatrices comme Elizabeth Schwartzkopf, Renata Tebaldi, Victoria de Los Angeles, Renata Scoto, Leontyne Price, Mirella Freni, et plus tard, Theresa Berganza, Montserrat Caballe, Jessy Norman, etc…


Maria Callas débute à 20 ans en 1943 à l’Opéra Royal d’Athènes dans le rôle de Tosca, elle enchaine les engagements avec Fidelio notamment, et ouvre la saison à la Fenice en 1947 avec Tristan Et Isolde.

 

Aujourd’hui, nous avons plaisir à entendre Anna Netrebko dans le personnage de Tosca, rôle de prédilection pour La Callas qui apporte à Floria un réalisme impressionnant pour l’époque.


6/ Tosca Critical Edition - Vissi d'arte (Netrebko, 2019)


Anna Netrebko est considérée comme l’une des plus grandes stars actuelles de l’art lyrique. Chacune de ses apparitions est un moment de grâce. Elle aurait vécu une idylle avec Rolando Villazon et occupe la couverture des magazines sans le devoir à sa superbe plastique. En tant qu’artiste accomplie, Anna Netrebko démontre sur scène un talent extraordinaire de comédienne, transcendée par une voix au timbre chaud et une vocalité sans faille.

La Diva russe n’a donc rien à envier à La Callas dont le tournant s’amorce vraiment pour elle en 1950 à Rome avec le Barbier de Rossini, puis se confirme en 1951, avec Violetta dans La Traviata et Elena dans les Vespri Siciliani à Florence.


Et pourtant ces dernières années, c’est Pretty Yende qui fait chavirer le public dans Una voce poco fa.


7/ Pretty Yende sur Late Show

Air de Rossini una voce poco 

  
 Surnommée, Le diamant noir de l’opéra, Pretty Yende est l'une des sopranos les plus cotées de la planète. La Sud-Africaine reçoit une standing-ovation à chaque apparition sur scène. Elle est l'une des rares cantatrices de couleur à avoir joué des rôles principaux aussi bien à l'Opéra de Paris, qu’au Metropolitan Opera de New York, ou au Royal Opera House de Londres ainsi qu'à La Scala. Son charme magnétique, ses performances à l’opéra ou en récitals sont acclamées et sa discographie, saluée par la critique, lui ont valu de nombreux prix et l'ont conduite à devenir l'une des étoiles les plus brillantes du monde de la musique classique.
 
Pour Les Vêpres Siciliennes, La Callas, est confrontée à une nouvelle rivale en la personne d’Olga Peretyatko.


8/ Olga Peretyatko "Mercè dilette amiche" / aus 'I Vespri Siciliani' c. G. Verdi

 
Olga Peretyatko est l'une des sopranos les plus recherchées au monde. Elle a construit sa renommée internationale après avoir remporté le prestigieux Concours Operalia de Placido Domingo. Depuis, elle est régulièrement invitée dans les plus grands opéras et salles de concert du monde. Avec sa voix fascinante et sa présence sur scène, elle allie une carrière de soprano d'opéra et de fréquents récitals dans les lieux les plus légendaires.


 V. LA CONSÉCRATION DE LA DIVA


Mais c’est en 1952, en s’appropriant deux des fleurons du répertoire de colorature légère (Gilda dans Rigoletto et Lucia di Lammermor) que La Callas opère une véritable révolution. Tout le monde n’est pas séduit d’emblée, aujourd’hui encore certains y sont réfractaires. Natalie Dessay, elle, n’a pas suscité de telles réactions sur ses choix et emporte le consensus.
 
9/ Lucia di Lammermoor: Scène de la Folie (Natalie Dessay)


Notre diva française, Natalie Dessay, reste sans conteste la spécialiste de Donizetti mais elle a triomphé partout et s'affiche jusque sur les bus new-yorkais.  Elle n’est pas seulement un phénomène vocal, elle aussi une bête de scène : une vraie artiste. Emmanuelle Haïm ne tarit pas d’éloge sur elle : « Natalie Dessay affiche sans effort apparent des résultats que d'autres, en peinant, n'obtiennent pas. Evidence oubliée : Dessay est d'abord et avant tout un phénomène vocal. En quoi se distingue-t-elle ? Le suraigu ? D'autres l'ont aussi. La virtuosité dans la vocalise ? D'autres y parviennent. Non, ce qui la distingue, c'est d'abord ce souffle infini, et ce timbre qui semble flotter sur des ressources d'air inépuisables. C'est, dès lors, cette ligne vocale docile, souple, capable de tous les modelés et de tous les phrasés. Et puis, c'est cette rondeur de la voix. Où d'autres conquièrent l'aigu et la virtuosité au prix de stridences, Dessay conserve lumière ».

Mais revenons à Maria Callas. La même année en 1952, Le bel canto dit romantique lui tend les bras, elle ressuscite Armida de Rossini, réinvente La Somnambula de Bellini et Les Puritani de Donizetti.


Il importe en effet que la Diva s’intéresse à un tel répertoire pour étendre sa palette de talents et étonner ses admirateurs. Le bel canto signifie littéralement beau chant. On pourrait donc considérer que tout l’opéra est du bel canto puisqu’il existe essentiellement pour sublimer le beau chant. Les voix sont mises en valeur à travers des mélodies suaves chères à Bellini, tandis que Rossini affectionne les vocalises époustouflantes. Donizetti se distingue par des compositions ornées de cadences extraordinaires dont la virtuosité culmine dans la fameuse scène de La Folie de Lucia di Lammermoor. Il n’y a donc pas musique plus adaptée pour contribuer à la révélation d’un potentiel vocal.


Si Maria Callas s’est risquée à pénétrer le monde des Bellini et consort, Diana Damrau possède le don d’y exceller. Angela Gheorghui démontre aussi une incroyable maîtrise de tous les styles.


10/ Bellini: La Sonnambula - Ah, non credea mirarti (Damrau Armiliato Wien 2010)

En quelques années, la soprano allemande a su trouver sa place, au sommet. Rares sont les artistes à savoir suivre avec intelligence le développement naturel de la voix. La réussite exceptionnelle de Diana Damrau tient en peu de choses: le répertoire abordé avec aisance et naturel; une compétence musicale à faire pâlir plus d’un musicologue. Hier, les rôles légers où son timbre pur faisait merveille ont laissé la place aux héroïnes plus dramatiques comme cette Traviata exceptionnelle à la Scala de Milan. Le bel canto est son nouveau terrain de jeu mais elle brille également dans les héroïnes de l’opéra français. En comédienne expérimentée, Diana Damrau sait se fondre dans la vision du metteur en scène pour livrer des prestations impeccables.

La seule beauté de la voix pourrait suffire à ravir les plus exigeants mais elle lui ajoute des prédispositions pour le théâtre, faisant d’elle une artiste éminente. Elle sait renouveler sans cesse son approche dramatique tout en conservant un style vocal parfait. Diana Damrau est entrée dans le club très fermé des plus belles sopranos du monde.



11/ Angela Gheorghiu; "Qui la voce"; Je puritani; Vincenzo Bellini


Née dans une petite ville roumaine, Angela Gheorghiu était destinée dès sa prime enfance au métier de cantatrice. Après avoir fait ses études à l’Académie de Musique de Bucarest, elle a commencé sa carrière internationale sur les scènes du Royal Opera House Covent Garden, en 1992, puis au Staatsoper de Vienne et au Metropolitan Opera. Depuis son triomphe londonien dans La Traviata en 1994, elle a illuminé de son art les plus grandes scènes lyriques du monde entier, et on ne compte plus les succès dont son parcours est jalonné. Sa carrière suit une évolution qui présente quelques similitudes avec celles de La Callas. Au sommet de sa gloire, son comportement capricieux, son manque de rigueur à l’égard de ses collègues, des metteurs en scène ou des directeurs de théâtre lui aliéneront bon nombre de scènes dans le monde. Son étoile va pâlir sans que ses tentatives de retour la rétablisse dans la position qu’elle occupait. Elle vécut aussi avec Roberto Alagna une relation qui défraya la chronique et fut peut-être préjudiciable à son image.

  
Embrasser le répertoire le plus étendu possible relève des ambitions d’une Diva, voilà pourquoi La Callas revisite la tragédie lyrique, comme si le bel canto ou les compositeurs légendaires ne lui suffisent pas : Medée de Cherubini, Alceste et Iphigénie en Tauride de Gluck, la Vestale de Spontini.

12/ Callas répète La Vestale à la Scala 1954 Caro Oggeto 


Ainsi donc, Armida et Medée exceptées, à l'apogée de sa gloire, Maria Callas joue toutes les héroïnes à la Scala de Milan : Aida, La Forza del destino, la Bohème, Manon Lescaut, Turandot, Cavalleria Rusticana, Pagliacci…. son pouvoir d’attraction auprès du public est tel que la Diva Renata Tebaldi, sa principale rivale finira par lui céder le terrain pendant quelques années.


13/"Ebben... Ne Andro Lontana" (La Wally) Renata Tebaldi, Alfredo Catalani 

Pour la petite histoire, Renata Tebaldi rétorquera à celle qui l’avait accusée de n’avoir pas de colonne vertébrale : « Madame Callas affirme avoir du tempérament et assure que je n’ai pas d’épine dorsale. C’est possible, mais, à mon tour, j’affirme posséder une qualité dont cette dame est entièrement dépourvue, le cœur ».


Tirant parti du spectaculaire amaigrissement de la Diva, Visconti transforme La Callas en ballerine romantique gracile dans La Somnambula, puis en reine d’Angleterre dans Anna Bolena. Elle ressent le besoin de tenir encore une fois le rôle de Violeta. Cette production fut homérique.

Mais aujourd’hui, c’est Sonia Yoncheva qui est considérée comme l’une des meilleures incarnations de ce personnage émouvant.


14 /The Met: Live in HD 2016-2017 La Traviata - Ah, fors 'è lui

La traviata act 1 e strano !, e strano scène 5


« La plus grande Violetta depuis La Callas », c’est ainsi qu’un journaliste allemand a qualifié la performance de la superbe soprano bulgare Sonya Yoncheva, après une représentation de La Traviata, au Staatsoper de Berlin. Sa carrière a pris un essor fulgurant depuis quelques années, sans que tout cela ne soit une réelle surprise pour ceux, nombreux, qui l’avaient déjà repérée dans le Jardin des voix du Maestro William Christie avant de conquérir les salles les plus prestigieuses du monde.



VI. LES FRAGILITÉS DE LA DIVA


Pourquoi Maria Callas a-t-elle suivi une cure d’amaigrissement ? L’opéra n’échappe pas aux clichés. Pour faire carrière, il ne suffit plus d’avoir une belle voix. Les artistes lyriques doivent aussi être minces, jeunes et attirants. Pourquoi ? Parce qu’à l’opéra on a envie de rêver, et le rêve que nous propose la société depuis des années est dicté par des stéréotypes physiques auxquels ce milieu se réfère : « Les gens écoutent aussi avec leurs yeux ».


Mais tandis qu’il existait encore des exceptions il y a quelques décennies – comme Luciano Pavarotti et Montserrat Caballé, deux figures lyriques imposantes (dans tous les sens du terme) – une carrière à l’opéra ne semble aujourd'hui guère envisageable sans correspondre à certains canons de beauté.


15/ Montserrat Caballe "Tu che di gel sei cinta" Turandot
 

Ce que le public ne peut deviner, c’est qu’à 35 ans, le déclin de La Callas est amorcé. En 1958 à Rome, tout bascule. Malade, après le 1er acte de La Norma, la Diva quitte précipitamment le plateau en présence du président de la république italienne et rentre à l’hôtel. Le public proclame bruyamment son mécontentement. C’est toute l’Italie qui est insultée. La presse relaye dans le monde entier l’image d’une Diva capricieuse, qui ne la quittera plus.


Le public de l’opéra est dénommé sous le néologisme, lyricomane. Il est réputé intransigeant, connaisseur, assez fermé, mais souvent sous l'emprise d'un instinct grégaire. Un chanteur qui craque dans les aigus ? On le hue. Une mise en scène qu’on n’aime pas ? On la hue. Un chef d’orchestre moyen ? On le hue. Le moindre écart est impardonnable, et, à peine le rideau fermé, les critiques acerbes tombent.


Et voilà que vous allez confondre ma vraie nature de mélomane lyrico-maniaque car je vais commettre le crime de lèse-majesté de comparer l’iconique interprétation de Norma par La Callas avec celle de Cecilia Bartoli.


16/ Maria Callas, Norma - Casta Diva - Bellini


17/ Cecilia Bartoli, Norma - Bellini


Lorsqu’on entend Cecilia Bartoli chanter ce même air, on prend vite conscience pourquoi la suprématie de Maria Callas s’est si rapidement étiolée, tant la technique de cette dernière est entachée de failles injustifiables pour une artiste de sa catégorie.


Cecilia Bartoli qui est venue au monde au moment où La Callas se trouve en pleine tourmente professionnelle, lui prodigue une véritable leçon de chant.


La mezzo-soprano italienne apparaît comme l’une des plus grandes artistes lyriques de notre époque. Elle est considérée comme un phénomène intemporel. Sa voix tout d’abord, est en effet d’une rare étendue avec des graves caverneux et des aigus d’une grande pureté. Ses vocalises et sa technique font maintenant école; lorsqu’on écoute la Diva, ce sont des images de pyrotechnie qui s’imposent. Une telle agilité explique sa notoriété grandissante grâce à ses interprétations des arias virtuoses baroques. Elle n’hésite pas cependant, à l’instar de La Callas, à tutoyer d’autres registres mais avec plus de réussite que cette dernière.


En 1958, dans la foulée de cet incident sur la scène de l’opéra de Rome, la Scala annonce à La Callas que son temps est révolu. Au cours de cette même année noire, la chanteuse se fâche avec le Metropolitan Opera où elle avait débuté avec éclat deux ans auparavant. Son directeur, Rudolf Bing, reconnait pourtant que son statut de Diva légitime certains égarements : « Madame Callas est, par constitution, incapable de s’intégrer à toute organisation qui ne soit pas exclusivement centrée sur sa propre personnalité. [...] Je ne peux accepter le prétendu droit de Maria Callas de modifier ou d’annuler les contrats selon son gré et ses caprices. [...] Si les mérites artistiques de madame Callas font l’objet de controverses violentes, la réputation qu’elle a pour mettre en valeur dans ses affaires le sens aigu du théâtre qui est le sien ne fait, elle, aucun doute »

Alors que le Metropolitan Opera contribue à accélérer l'éclipse de la carrière de La Callas, c’est cette même maison d’opéra qui favorise le décollage de celle de Renée Fleming.


18/ Renée Fleming - Un bel di vedremo - Madame Butterfly

 
Diva américaine, Renée Fleming est révélée au Metropolitan Opera de New York en 1986. Après des succès retentissants à la Scala de Milan ou dans Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, au festival de Bayreuth, la cantatrice est réclamée par les salles du monde entier. Sa carrière discographique compte une trentaine d'enregistrements dans des registres variés allant de Mozart à Benjamin Britten. Elle a reçu trois Grammy Awards et le Polar Prize en 2008. Le président Barack Obama lui a remis la plus haute distinction culturelle aux Etats-Unis, la Médaille des Arts. Sans aucun doute le plus beau timbre de voix de sa génération, les pianissimi de la diva américaine d’une pureté cristalline atteignent le sublime.

 

L’année 1958 se termine mieux pour La Callas avec sa première apparition en France lors d’un gala au Palais Garnier. Un triomphe cette fois. Au banquet qui suit, La Callas rencontre Aristote Onassis. Elle accepte une croisière sur le yacht de ce dernier pendant l’été 1959. Lorsqu’elle redescend du bateau, La Callas est transfigurée. Décidée à partager sa vie avec Onassis, elle quitte son mari et mentor, Meneghini. La presse à sensation n'a pas cessé de se repaître de l’évènement et les paparazzis ne la lâcheront plus. Dans ce tourbillon mondain, la carrière passe en arrière-plan, même si elle enregistre cette année-là, Cavaleria Rusticana.


J’ai choisi un extrait enregistré par Elina Garanča qui représente la nouvelle génération des Divas. Cette mezzo-soprano est gratifiée par la nature d’atouts que Maria Callas aurait bien voulu utiliser à son époque.


19/ Elīna Garanča - Ave Maria (Mascagni)

 
Il faut le reconnaître, Elina Garanča est certainement la plus belle chanteuse d’opéra au monde. Mais son physique de top-model ne saurait éclipser les qualités vocales exceptionnelles sans lesquelles la mezzo n’aurait pu atteindre son niveau d’excellence actuel.


Malgré une silhouette moins privilégiée que celle d’Elina Garanča, Maria Callas a bénéficié de son pouvoir de séduction sur Onassis qui la comble d’un véritable conte de fée. Dès lors, l’épanouissement personnel prend le pas sur le développement professionnel. La Callas continue à chanter, mais on ne parle d’elle que pour évoquer ses mondanités et non plus pour rendre compte de ses prestations à la scène. Il valait peut-être mieux ! Elle se projette dans de nouveaux rôles, mais rien de probant n’en sort !


En 1964, alors qu’on imagine qu’elle ne se produira plus qu’en récital, Maria Callas décide de revenir à l’opéra. Elle choisit Tosca au Covent Garden de Londres. Rassurée par l’accueil du public et de la presse, elle enchaine avec Norma à l’Opéra Garnier. Irrégulière depuis la fin des années 1950, sa voix résiste peu ou prou selon les représentations. Pourtant, revenue au premier plan, la Diva entend bien ne pas en rester là. En juillet 1964, elle enregistre Carmen, un nouveau rôle pour elle. En 1965, elle se produit au Palais Garnier pour Tosca et Norma.



VII. LE CRÉPUSCULE DE LA DIVA


Elle revient au Metropolitain Opera pour Tosca, mais la voix ne répond plus. Le soir de la 5ème représentation du chef d’œuvre de Bellini, elle s’interrompt au 1er acte. Regagnant Londres pour quatre Tosca, elle n’est capable d’en assurer qu’une seule. Ce 5 juillet 1965 consacre sa dernière apparition à l’opéra.


Dans les années qui suivent, il sera souvent question d’une réapparition sur une scène lyrique, qui ne verra jamais le jour. Maria Callas trouve-t-elle une compensation dans sa vie personnelle ? Malheureusement pas. Trahie par l’homme pour qui elle avait tout sacrifié, (Onassis épouse Jacqueline Kennedy en 1968). Elle cherche des parades à sa solitude et tourne un film en 1969 avec Pier Paolo Pasolini. Mais il n’est pas question d’y chanter. Un comble pour une Diva ! C’est un échec pour la critique et le public.


20/ Maria Callas: Cherubini - Médée, 'E che Io sono Medea!'



21/ Médée de Pier Paolo Pasolini: extrait

 
Puis vient une longue tournée de Maria Callas en récitals avec Guiseppe di Stefano qui s’achève pour elle le 11 novembre 1974. La voix comme en 1965 ne résiste plus que par intermittence.

Air favori de Maria Callas en récital :

 
22/ Bellini : I Capuleti e I Montecchi - Ascolta! Se Romeo t'uccise un figlio (Joyce DiDonato)

 
Face à celle, désormais incertaine de Maria Callas, la voix de l'Américaine Joyce DiDonato est un véritable trésor.


Avec sa maîtrise inégalable et sa prestance sur scène, Joyce DiDonato est invitée à se produire sur les plus grandes scènes du monde. Le public lui réserve à chaque fois des ovations enthousiastes au point que   la musicienne américaine est considérée par le New York Times comme la « Diva parfaite du XXIème siècle ».

 
 
VIII. LA FIN DE LA CALLAS QUI N'EST PAS LA FIN DES DIVAS


La Diva déchue, meurt le 16 septembre 1977 à 53 ans dans la solitude totale de son appartement parisien. « Elle reste aujourd’hui dans les mémoires de certains comme l’une des plus grandes interprètes du XXème siècle, autant pour sa voix et son intensité dramatique que pour sa personnalité et ses fragilités ». 

  
Le phénomène Callas brûle ses derniers feux dans le dernier quart du 20ème siècle. Nostalgie ? Oui et non. D’une part, le destin splendide et ­pathétique de La Divina, qui ressuscita le bel canto, génère toujours autant l’intérêt de nombreux lyricomanes. En témoignent, à chaque anniversaire, les expositions, les rééditions phonographiques, voire les concerts avec hologramme. Mais d’autre part, la nature ayant horreur de vide, la relève était déjà prête du temps de l’icône, comme en attestent les somptueux parcours de ses rivales. Et puis la succession de Maria Callas est plus que jamais assumée aujourd’hui par les autres cantatrices dont j’ai cité les noms. Elles relativisent les qualités que certains veulent bien encore accorder à la chanteuse disparue.  Anna Netrebko, Sonya Yoncheva, Diana Damrau, Cecilia Bartoli, Joyce ­DiDonato, Angela Gheorghiu ou Natalie Dessay n’ont rien à lui envier. Je n’oublie pas non plus d’autres formidables cantatrices françaises qui, déjà quasi-divas ou en passe de le devenir, représentent la relève de la relève. Sandrine Piau, Patricia Petibon, Julie Fuchs, Sabine Devieilhe, Elsa Dreisig, Karine Deshaye, Véronique Gens, Marie Perbost.


Les Musicales s'enorgueillissent d'avoir invité nombre de ces splendides cantatrices comme : Diana Damrau, Natalie Dessay, Sandrine Piau, Patricia Petibon, Karine Deshaye, Delphine Haidan, Véronique Gens, Julie Fuchs, et les représentantes de la jeune génération, Marie Perbost, Catherine Trottmann et Eva Zaïcik.



Cela signifie que la Diva adopte les traits d’une sorte de phénix capable de se reproduire et de transmettre vers d’autres prétendantes l’oriflamme du grand art lyrique.


En ce début de XXIème siècle, la Diva garde, en effet, tout son pouvoir de fascination grâce à ses dons uniques centrés sur le noble métier de servir l’art lyrique et tournés vers le cœur de l’Homme.
 
J’aurais pu évoquer aussi les stars des musiques actuelles : Mariah Carey, Whitney Houston et Céline Dion. Elles appartiennent à ce cercle très fermé des divas de la Pop et à la "trinité vocale" de gloire tout autant universelle


23/ Divas des 90's | ARTE


 
Quant aux reines de la Soul, bien que différentes de leurs consœurs lyriques, elles partagent avec celles-ci, leurs personnalités singulières et leurs caractères bien trempés. Parmi elles, Aretha Franklin les domine toutes avec sa quarantaine d'albums studios.


24/ Regardez Aretha Franklin faire pleurer le président Obama 


Je n’ai pas été très tendre avec La Callas. Qu’on me le pardonne. Bien que peu sensible à sa voix, mais persuadée que son charisme de comédienne a rendu crédibles ses rôles sur scène, je lui reconnais une autre contribution majeure à propos de laquelle devraient méditer toutes les brillantes et ambitieuses chanteuses actuelles : la vie et les confessions de Maria Callas établissent que les contreparties du statut enviable de Diva sont une charge, un sacerdoce et un engagement envahissant totalement l’intéressée, menacée d’être dépossédée du contrôle de son propre destin.


Quelque part, Maria Callas a offert sa vie en sacrifice pour les nouvelles promotions de chanteuses afin qu’elles reçoivent son message. Et je crois qu’elles l’ont fort bien assimilé car la plupart des cantatrices que je vous ai présentées en comparaison avec Maria Callas, se comportent avec sagesse, indépendance, intelligence, rigueur et ardeur au travail. Voilà pourquoi je les suppose préservées des dangers de leur métier et dotées de capacités de résilience au service du Sublime qu’elles incarnent majestueusement.

 
VITA CANAC samedi 9 janvier 2021




25/ Aida Garifullina 'Je Veux Vivre' 


Aida Garifullina. Née en 1987 à Kazan, Aida est repérée en 2013 par le chef d'orchestre Valery Gergiev qui l’engage au théâtre Mariinsky.  Elle y fait sa première apparition en tant que Susanna dans Le Nozze di Figaro, puis chante Gilda dans Rigoletto et Adina dans L’Elisir d’Amore. La même année, Aida remporte le prestigieux Concours international Operalia de Plácido Domingo et rejoint l'opéra de Vienne. Sa profondeur, sa chaleur et sa tendresse rendent sa voix incomparable. Son exécution est faite de goût, de style, de retenue et d’émotivité.  Ces qualités, combinées à sa beauté naturelle, sa jeunesse et son charme, font d'elle l'une des figures les plus enchanteresses de l'opéra aujourd'hui.

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