Dix-neuvième épisode
L'IMPRESSIONNISME MUSICAL


Nous remercions vivement Michel Seguy de s’être prêté à un exercice fort intéressant mais aussi particulièrement exigeant.
Ses recherches approfondies permettent de situer la production des compositeurs du dernier quart du 19éme dans le foisonnement créatif qui caractérise cette période.

Loin de la moindre complaisance à l’égard de nos conférenciers, nous posons cependant la question suivante à Michel Seguy : Peut-on affirmer qu’il y aurait une esthétique impressionniste propre à la musique que certains maîtres pourraient incarner ? Doit-on se contenter de la simple définition de l’impressionnisme que donne Debussy : « Le plaisir est la règle » ?

Ce Musico-virus nous offre non seulement une élégante réponse, mais sa lecture et l’écoute de ses illustrations musicales nous procurent le plaisir que Debussy a érigé en règle. Quelle douce obligation que prendre du plaisir en apprenant. C’est pourquoi au-delà de tout parti pris, grâce à toi Michel, nous votons d’une seule voix : impressionniste !

Renato Sorgato, Patrick Canac

Conseils de lecture : Pour écouter la pièce musicale, cliquer sur le texte surligné en jaune. S’il apparaît des publicités, cliquer sur la barre « passer les annonces » qui s’affiche en bas à droite quelques secondes après le début. Pour limiter votre temps d’écoute au plus près de l’heure convenue pour les exposés en salle, retenir le temps proposé le plus court. Les dates mentionnées sur les vidéos ne sont pas fiables. Bonne lecture.


Sommaire
 I  - Un changement d’époque politique et culturel
II - Au fil du temps, premier épisode de 1871 à 1886
III- Fin du premier acte.

 
 I - Un changement d’époque politique et culturel :
Aux abords du XXème siècle, une lassitude envers la rigueur des siècles précédents se fait sentir. Durant les 44 années évoquées, qui commencent au lendemain de la défaite de Napoléon III en 1870, pour s’achever au début de la première guerre mondiale, les évolutions politiques s’accompagnent d’un créativité artistique nouvelle. Les poètes, Verlaine notamment, peintres, tel Claude Monet, écrivains, Mallarmé entre autres et les musiciens, convergent vers un même désir d’esthétique.
Dans son Art Poétique, Paul Verlaine résume, en 4 vers, tout l’esprit de ce concept :
"De la musique avant toute chose,
 et pour cela préfère l‘impair,
 plus vague et plus soluble dans l’air,
sans rien en lui qui pèse et qui pose."
Comment mieux résumer ce besoin impérieux de liberté dans la création artistique ?
 En peinture, c’est en 1974 qu’un groupe d'artistes, emmenés par Monet, Pissarro, Renoir, Degas, Cézanne, Sisley, Boudin, Guillaumin et Berthe Morisot, une nouvelle fois repoussé par le jury de l'année, fonde une Société en gestation depuis le Salon des refusés en 1863 et expose avec une trentaine d'artistes chez le photographe Nadar.
Devant le tableau de Monet Impression soleil levant, le critique de Charivari, Louis Leroy, affuble, par dérision, l'épithète Impressionnistesaux exposants, qui, par défi, en acceptent le terme. Ces peintres viennent en effet de découvrir une autre technique picturale faisant table rase des valeurs sur lesquelles reposait l'acte de peindre (contour, modelé, clair-obscur, perspective et profondeur) pour jouer avec la lumière qui transforme tout objet et le soumet à ses propres variations, selon le principe pourtant ancien de Delacroix, celui du mélange optique.
Cet art de la suggestion, au contraire de la description, est donc né en France. Il vise à noter les impressions passagères, la mobilité des phénomènes, plutôt que l'aspect stable et conceptuel des choses représentées. Il s’agit d’offrir la vision d’un paysage, d’un moment, d’un mythe, une harmonie d’ensemble, considérant la couleur en elle-même, sans assujettissement à la forme, aux volumes, à la perspective.
Le titre de l’œuvre nourrit l’imagination, rien n’est imposé à l’auditeur, au lecteur, au spectateur, qui deviennent acteurs de leur perception !
Écoutons les propos de Monsieur Roger Ballu, inspecteur des Beaux-Arts, en 1877 :
"Mr Claude Monet et Cézanne, heureux de se produire, ont exposé, le premier 30 toiles, le second 14. Il faut les avoir vues pour imaginer ce qu'elles sont.
Elles provoquent le rire et sont lamentables. Elles dénotent la plus profonde ignorance du dessin, de la composition, du coloris. Quand les enfants s'amusent avec du papier et des couleurs, ils font mieux."
Il a tout compris cet érudit qui semble bien à sa place dans son emploi !
Les arts s’entremêlent avec bonheur pour entrer en résonance :
Études-Tableaux de Sergheï Rachmaninov suggère sa proximité avec la musique, les 3 nocturnes de Claude-Achille Debussy s’inspirent des toiles de James Abbott Whistler, nocturne en noir et blanc. Son Prélude à l’après midi d’un faune, églogue (poème pastoral qui chante l’amour) pour orchestre, d’après Stéphane Mallarmé, est l’objet d’un écrit du compositeur qui en souligne les liens avec le poème.
La poésie cherche à donner à voir, à entendre, à se rapprocher de la musique, investit le rythme des mots, explore les assonances et leurs effets. Le mouvement "Symbolisme" est né.
En musique, cet art de la nuance se retrouve dans une absence de lyrisme, dans une forme estompée d'où est exclu le développement basé sur le travail thématique traditionnel.
Il s'attache, au contraire, à la recherche du timbre, à la vibration sensorielle. Il accorde une prédominance à l'harmonie, se libère de la dépendance des préparations, enchainements et résolutions des accords, lesquels possèdent pourtant des affinités procurant à l’oreille une sensation de quiétude, de plénitude, tout en conservant une douce incertitude.
Cette nouvelle façon d’exprimer l’art s’appuie aussi sur l’exotisme, au sens de l’époque, exploré notamment à l’occasion de l’exposition universelle de 1889, qui fait découvrir des sonorités issues de percussions inusitées et des musiques étrangères, espagnole et russe, entre autres. Un exemple, bien que survenu au-delà de la période qui nous concerne, la suite de danses de Bella Bartók, commandée à l’occasion de l’unification des villes de Buda et Pest puisera dans la musique arabe et roumaine autant qu’hongroise.
Cette exposition est l’opportunité d’un rapprochement de plusieurs artistes d’origine russe, dont Serge Diaghilev qui a œuvré pour la reconnaissance et le développement de l’art russe en France, en musique bien sûr, mais aussi en peinture, avec notamment Vassili Kandinsky.
Debussy, bientôt suivi, voire dépassé par Maurice Ravel, est le maître de cette esthétique.
Sa devise : "Le plaisir est la règle" autorisera bien des libertés.
Retenons cette simple et pourtant complète définition del’Impressionnisme.
La symbiose que vous avez perçue entre les domaines impose d’inclure, dans ce qui suit, l’impressionnisme musical au sein de l’ensemble des arts et activités contemporaines.
Il va de soi que les compositeurs évoqués, dont certains ont déjà un âge avancé, n’ont pas subitement changé leur mode d’expression pour se convertir à l’impressionnisme dans la période concernée. C’est donc plutôt la création musicale au temps de l’impressionnisme que nous allons parcourir chronologiquement, en 2 séances. Il serait trop long d’évoquer en un exposé 40 compositeurs et 28 partitions réparties sur les 2 épisodes (une seule œuvre par musicien compte tenu du temps limité). Il vous est cependant suggéré quelques autres chefs d’œuvre que vous retrouverez facilement sur Youtube. Aujourd’hui, nous nous arrêterons en 1886.
 
II – Au fil du temps, 1er épisode

 1871
La France s’installe dans la 3ème République, durablement certes - ce sera la plus longue qu’ait connue notre pays à ce jour - mais non sans douleur, avec l’insurrection de la commune de Paris et la semaine sanglante de mai.
Bien loin de là, le 24 décembre, à l'occasion de l'inauguration de l'opéra du Caire, sur commande du khédive d'Égypte Ismaël Pacha, Guiseppe Verdi offre son Aïda, prenant pour cadre Thèbes et Memphis, à l'époque des pharaons, alors que le roi d'Égypte envahit l'Éthiopie pour libérer sa fille. Cet opéra fait partie des œuvres de la seconde partie de la vie du compositeur né en 1813. L’orchestre y prend une part plus grande que dans ses premières œuvres. J’eusse aimé vous faire entendre le cri poussé par l’héroïne "Ritorna vincitor" pour encourager Radamès qu’elle aime, à vaincre son propre père, mais il y a tant d’œuvres à proposer. Pour Verdi, donnons la préférence à son Requiem.

1872
 Jules Verne publie Le Tour du monde en 80 jours. Nietzsche édite L'origine de la tragédie.
Berthe Morisot peint Le berceau.
Edgar Degas, Le foyer de la danse à l'Opéra de la rue Le Pelletier.
Claude Monet, qui peint Impression, soleil levant, écrit "La couleur est mon obsession quotidienne, ma joie et mon tourment."
Est posée la première pierre du théâtre des festivals de Bayreuth, destiné aux représentations wagnériennes.
César Franck, l’un des seuls compositeurs à avoir perpétué le genre Sonate qui a culminé et s’est achevé avec les créations beethovéniennes, est une figure phare de la musique romantique, Mais c’est dans la période impressionniste qu’il produit la plupart de ses chefs-d’œuvre. Il a insufflé une énergie nouvelle à la musique de chambre et à la tradition de l’orgue. Pour ouvrir notre écoute  musicale, voici 2 versions au choix, du
1 / Choral du Panis Angélicus de César Frank, chanté par Marii Magdaleny w Tychach Wykonawcy (ouf !) et le Tyski Chór Mieszany, en entier. 4 mn 06.
                                                                                                    
ou, tout aussi beau, par les jeunes du King’s collège de Cambridge, en entier. 3 mn 43.
 
L’opéra-comique de Charles Lecocq, La fille de Madame Angot, est créé à Bruxelles en fin d’année, quelques jours plus tard à Paris. Il remporte un succès époustouflant dont, souvenez-vous, il reste ces 4 vers :
 "Barras est roi,
Lange est sa reine
C’n’était pas la peine (bis)
 Non pas la peine, assurément
 De changer de gouvernement"
Georges Bizet nous offre l'Arlésienne que le Kobbé, référence en la matière, classe comme musique de scène. En voici la suite n° 2-2   

                                  
Petite anecdote : Ces 2 compositeurs, Bizet et Lecocq, avaient été classés premiers ex-æquo, 12 ans auparavant, lors d’un concours proposé par le théâtre des Bouffes-Parisiens.
 
1873
Le tout jeune Arthur Rimbaud publie Une saison en enfer, autobiographie d'un brillant adolescent hors de son temps. Pour Zola c’est Le ventre de Paris.
Camille Pissarro peint Gelée blanche.
Nikolaï Andreïevitch Rimski-Korsakov, membre du groupe des 5 russe, actif depuis l’abolition du servage par Alexandre II en 1861, est surnommé le magicien de l’orchestre en raison de son talent pour l’orchestration. Attaché au mythe de la Russie païenne, toujours à la recherche de la vérité populaire, il offre la première de ses 15 œuvres lyriques, Ivan le terrible, partiellement écrite à la même table que Boris Godounov dont Moussorgskicomposait la version définitive.
 
1874
Première exposition impressionniste, cf. introduction, il y en aura 8 jusqu'en 1886.
L’année est riche en productions musicales de qualité.
Johann Strauss fils, considéré comme le roi de la valse viennoise, mais aussi à l’aise dans les opérettes, compose La Chauve-Souris, sa première composition lyrique. En voici l'ouverture, une des plus populaires jamais écrites. L’œuvre n’aura pourtant du succès qu’à partir de 1904.
3/ Ouverture de la Chauve-Souris de Johan Strauss fils, jouée par l’orchestre philarmonique de Vienne dirigé par Herbert von Karajan, en entier. 9 mn 15.
 
On s’amuse beaucoup en cette année 1974, mais on peut rester sérieux en découvrant Les 2 veuves de Bedrich Smetana sur lequel nous reviendrons et surtout le Requiem de Giuseppe Verdi dont nous écoutons l’
4/ Ingemisco extrait du Requiem de Verdi, chanté par Luciano Pavarotti, accompagné par l’orchestre Modena Città del Delcanto, en entier. 3 mn  43.
     
Pratiquement autodidacte, membre du Groupe des 5 russe à ne pas confondre avec le français créé pour soutenir le patrimoine architectural contemporain, Modest Mussorgski, fait jouer Boris Godounov, entrepris depuis 5 ans, inspiré de Pouchkine, plusieurs fois rejeté, dont le livret est d’une rare complexité à l’image de l’histoire russo-polonaise qui l’a inspiré. Il y suscite de nouvelles relations entre la mélodie et le texte, développe une instrumentation très colorée, dominée par le contraste des timbres. Par la grandeur de son lyrisme, cette œuvre constitue une nouveauté dans l'art du récitatif, l'emploi du style modal (enchaînement des tons), un chef-d'œuvre de l'histoire de l'opéra. Mussorgski reste cependant marginal, il finit emporté par l'alcool et pourtant, cela étonnera peut-être, ce compositeur influencera Debussy lui-même par ses trouvailles harmoniques.
Puisque nous rapprochons peinture et musique, comment ne pas évoquer sa suite pour piano, Tableaux d'une exposition, écrite à la mémoire de son ami architecte et peintre, Viktor Hartmann. Plusieurs fois arrangée, c’est dans la version adaptée en 1922 par Maurice Ravel qu’elle est le plus jouée. Prenez le temps de l’écouter.

1875
L'amendement Wallon fait entrer définitivement la France en République.
Élisée Reclus publie une géographie universelle.
Gustave Caillebotte peint Les raboteurs de parquet.
Le 5 janvier, l'Opéra Garnier est inauguré, Bizet y enflamme Paris avec sa Carmen dont la musique n'a jamais été aussi en accord avec la psychologie des personnages.
L'esprit méditerranéen bouleverse l'opéra traditionnel, bien en phase avec l’impressionnisme. L'intensité du drame fondé sur les passions des protagonistes est soutenue par l'envoutement des rythmes et une rare richesse orchestrale.
Figure dominante du romantisme russe dans sa populaire et généreuse vitalité, sa profonde sincérité, Piotr Ilitch Tchaïkovski, éclectique comme ses contemporains, mais d’inspiration plus occidentale, déploie son sens mélodique inspiré, dans les suites, symphonies et concertos. Son premier concerto pour piano et orchestre en si bémol majeur est initialement dédié à NikolaÏ Rubinstein qui en dit "cette partition me donne la nausée". Sans en changer une note, le compositeur, profondément vexé, la dédie à Hans von Bulow grâce auquel elle obtient une réputation qui ne s’est jamais démentie. Écoutons le début de l’
5/ Allegro con fuoco ma non troppo du 1er Concerto pour piano et orchestre en si bémol majeur de Tchaïkovski, par Martha Argerich au piano accompagnée par Charles Dutoit à la tête de l’orchestre de la Suisse romande, au moins 9 mn 52.  
 
1876                                                      
 Graham Bell invente le téléphone.
Stéphane Mallarmé publie L'après-midi d'un faune.
Auguste Renoir peint le Moulin de la Galette, Alfred Sisley, Bougival.
L’année musicale est marquée par Le Lac des cygnes, ballet proposé parTchaïkovski.
Le 13 août, Louis II de Bavière offre à Richard Wagner une salle d’opéra à sa mesure, celle de Bayreuth où est créé *L'or du Rhin, prologue de la tétralogie L'anneau des Nibelungen.
L'orchestre est dissimulé aux yeux du public, la salle plongée dans l'obscurité pour créer les conditions d'une écoute musicale nouvelle. Je ne m'attarderai pas sur Wagner qui, comme chacun sait, déclenche aux Musicales d'autres sentiments que l'enthousiasme, mais que je refuse à classer au niveau de son rang alphabétique ! Nous y reviendrons.
 Edvard Hagerup Grieg, norvégien de père écossais, s'impose comme chef de file de la musique scandinave. Il écrit une merveilleuse musique de scène d'après Henrik Ibsen, dramaturge danois que l’on retrouvera plus tard, Peer Gynt, histoire d’un vagabond un peu fou un peu prétentieux, un poil orgueilleux, qui part à l’aventure découvrir le monde.  Écoutons
6/ La chanson de Sloveig extrait de Peer Gynt de Grieg, chantée par Julia Skorokod, en entier. 4 mn 55.   

1877
L'américain Edison invente le phonographe.
Émile Zola triomphe en France avec l'Assommoir, en Russie, Léon Tolstoï publie Anna Karenine.
Claude Monet peint La gare Saint Lazare.
 En musique, Tchaïkovski reçoit un accueil plus que réservé pour son Lac des Cygnes, ce qui le jette dans une grave dépression. Seule une riche veuve argentée le sauve de l'incertitude matérielle, sous réserve de ne garder avec elle que des relations épistolaires !
Gabriel Fauré, considéré comme le maître de la mélodie française et dont le génie harmonique est encore étudié de nos jours dans les conservatoires, dominera la musique nationale du début du XXème siècle avec son élève Maurice Ravel et Claude Debussy. Il compose son fameuxRequiem. Dans une version qui, comme le veut l’impressionnisme, allie plusieurs arts, dont architecture, avec des prises de vues particulièrement agréable à l’œil, écoutons le
7/ Pie Jésus, extrait du Panis Angelicus du Requiem de Fauré, chanté par Kimmy et Mirusia, accompagnées par André Rieu, en entier. 4 mn.
                                            
1878
Edison invente la lampe électrique à incandescence.
Dans son Trésor du félibrige, Frédéric Mistral publie un lexique des parlers occitans.
Hector Malo publie Sans famille.
3 pièces pour grand orgue de César Franck marquent l’année musicale.
 
1879
Henrik Ibsen, poète et auteur dramatique norvégien, déjà cité, idéalisant la légitime aspiration de tout être humain à la liberté, publie sa Maison de poupée, qui justifie la libération des femmes, il y a 140 ans !
Paul Cézanne, blessé par les ricanements du public, rompt avec ses amis impressionnistes pour "donner à l'impressionnisme la solidité de l'art des musées" selon son expression et se réfugie chez Zola.
 Tchaïkovski, très inspiré en cette période, glorifie la musique en offrant son Eugène Onéguine.
Grieg crée, à Leipzig, son Concerto pour piano et orchestre en la mineur, opus 16, inspiré d'airs populaires norvégiens. La mélodie du piano s'élève au milieu des cordes et crée d'élégantes arabesques au charme bucolique.
Mussorgski propose une version incomplète de son second et dernier opéra qui ne sera pas joué de son vivant, La Khovantchina. Profondément remanié par Rimski-Korsakov, Chostakovitch et Ravel, ce n’est qu’en 1980 que l’œuvre trouve sa version définitive, la plus respectueuse de l’originale et la plus jouée de nos jours.
Bedrich Smetana a rejoint le camp des patriotes. Cet enfant prodige tchèque qui composa dès l'âge de 8 ans, continue, malgré sa surdité depuis 1874, à publier des œuvres empreintes du sentiment de liberté et de folklore national, comme ses très belles danses tchèques, 14 pièces  pour piano et La Moldau, cycle de 6 poèmes symphoniques composé en 18 jours seulement. Cette dernière est son œuvre la plus connue, le sens de l'histoire y est étroitement lié à celui de la nature et à propos de laquelle il écrit :
"2 petites sources jaillissent à l'ombre de la forêt, l'une chaude et agile, l'autre froide et endormie. Elles s'unissent. Leurs prestes vaguelettes clapotent entre les cailloux et vibrent au soleil. Dans sa course hâtive, le torrent devient une petite rivière, la Vltava, qui se met en route à travers le pays tchèque dans un bruissement toujours plus ample".
Ce texte, très musical nous fait apprécier mieux encore le passage que nous écoutons maintenant, joué devant un public bien peu connaisseur qui applaudit à contretemps.
8/ Extrait de la Moldau (Vtlava) de Bedrich Smetana, joué par National Sympony Orchestra du Kennedy Center dirigé par Michael Butterman, en entier. 5 mn 37.                                            

1880
 Émile Zola publie Nana, Fiodor Dostoïevski propose les Frères Karamazov.
Auguste Rodin sculpte Le Penseur, la cathédrale de Cologne s’achève.
 Verdi donne son Ave Maria, pour soprane et cordes.
César Franck produit le premier grand quintette du répertoire français pour piano, alto, 2 violons et violoncelle en fa mineur, dédié à Camille Saint-Saëns.
 
1881
Loi de Jules Ferry sur la gratuité de l'enseignement primaire.
Guy de Maupassant publie La Maison Tellier.
Paul Verlaine, condamné à 2 ans de prison pour avoir blessé Arthur Rimbaud, publie Romance sans paroles. Il opère une conversion sincère qui inspire ses poèmes Sagesse.
Dans sa vision audacieuse et libre, Édouard Manet témoigne de l'assimilation des données impressionnistes, avec un traitement génial de la mise en scène, par l'emploi déconcertant du miroir, dans Un bar aux Folies-bergère.
En début d'année, l’Opéra-Comique présente, à titre posthume, Les Contes d'Hoffmann, chef-d'œuvre de Jacques Offenbach, cet allemand installé en France en 1833 dès l’âge de 14 ans, naturalisé français et décédé 3 mois plus tôt. Composée donc tout à fait en fin de vie, la partition est plusieurs fois modulée, notamment par Gustav Mahler, sans pourtant être bouleversée. Cet opéra-comique, ainsi classé car il comporte une quantité appréciable de dialogues parlés, s’inscrit bien dans l’impressionnisme, même si la joie de vivre du Second Empire, caractérisée par La Belle Hélène et La Vie parisienne, s'est estompée depuis la défaite de 1970.
L'Opéra de Vienne part en fumée pendant la deuxième représentation locale de ces mêmes Contes d'Hoffmann, faisant 400 morts.
Afin de dissiper cette atroce évocation, écoutons le tout début du dernier acte
9/ Belle nuit, ô nuit d’amour extrait des Contes d'Hoffmann d’Offenbach, chantée par Anne Sophie von Otter et Stéphanie d’Oustrac qui a tout compris de l’impressionnisme, accompagnées par l’orchestre du Chatelet dirigé par Marc Minkowski, en entier. 4 mn 02.
                                                                 
ou cette autre, sans paroles, mais avec une évocation paysagée digne de la pluralité des arts, en entier. 3 mn 02.    

1882
Guy de Maupassant publie Mademoiselle Fifi.
Jules Vallès, chantre de la révolution, mu par une haine sincère des injustices sociales, écrit L'insurgé.
César Franck, très éclectique, particulièrement productif dans la période qui nous intéresse, fait jouer son poème symphonique Le Chasseur maudit.
Wagner crée Parsifal à Bayreuth, ce sera sa dernière œuvre. Le chant, porté par la simplicité grandiose de la langue, le texte est du compositeur lui-même, les mouvements lents et un usage parcimonieux du chromatisme visent à une fusion avec l'imposante marée orchestrale.
 
1883
Le traité Triplice, triple alliance entre la Roumanie, l'Autriche et l'Allemagne est signé, il ne sera découvert par les pays adverses qu'en 1914.
Villiers de l'Isle Adam, précurseur du symbolisme, publie ses Contes cruels.
Monet s'installe à Giverny, Renoir peint La danse à la campagne.
Rival et néanmoins ami d’Offenbach, Florimond Ronger dit Hervé, ce touche-à-tout qui fait triompher ses œuvres musicales à Londres, compose, en fin de vie, sa meilleure partition Mam'zelle Nitouche.
Petit infraction à la règle, le Faust de Charles Gounod a été composé à 1859, mais plusieurs fois révisé, ce n’est qu’en cette année 1883 qu‘il est donné au Métropolitan Opéra House dans sa version définitive. En voici la célèbre
10/ Gloire immortelle de nos aïeux extrait du Faust de Gounod, chanté par un Chœur mixte, dont les voix féminines adoucissent l’allure guerrière, en entier. 3 mn 30. 

Le Prélude Chorale et Fugue que propose César Franck est le pilier de la musique impressionniste pour piano.
Léo Delibes, qui sera membre de l’institut l’année suivante, donne à Paris la première de Lakmé dont voici l’air sans doute le plus connu
11/ Duo des fleurs, extrait de Lakmé de Delibes, délicieusement chanté par Sabine Devieilhe et Marianne Crebassa, en entier. 4 mn 30.    

1884
Gustave Eiffel construit le viaduc de Garabit.
Engels publie L'origine de la famille, de la propriété privée et de l'État.
Paul Verlaine, Jadis et naguère, Huysmans, A rebours.
Rodin entreprend une œuvre monumentale Les Bourgeois de Calais.
A Munich, Henrik Ibsen fait jouer un drame tragique Le canard sauvage,manifeste impitoyable de la déchéance des faibles qui pose la question : Cela vaut-il la peine d’exiger la vérité ?
Claude Debussy, maître incontesté de la musique impressionniste, d’abord wagnérien, comme tous les jeunes férus de musique romantique vers 1880, est influencé, nous l’avons vu, par les expériences esthétiques qu’il voit chez les peintres impressionnistes.           
Les éléments fondamentaux de l’émotion sont pour lui le rythme, le chromatisme et les timbres. Il remporte le Grand Prix de Rome avec sa cantate l’Enfant Prodigue  dont nous écoutons
12/ l’Air de Lia extrait de l’Enfant Prodigue de Claude Debussy, chanté par Chelsea Dubczak, en entier.  4 mn 04.
    
Grand prix de Rome lui aussi, mais 20 ans plus tôt et dont Puccini écrit : "Il se sent comme un français de poudre et menuets. Je le sens, comme un italien avec une passion désespérée" Jules Massenet, puisque c’est lui dont il s’agit, obtient un nouveau succès avec son Manon.
 
1885
Partage de l'Afrique à Berlin.
Le premier vaccin contre la rage fait son apparition 
Zola publie Germinal.
Mort et funérailles grandioses de Victor Hugo.

Edvard Grieg compose sa célèbre Suite pour cordes.
Johan Strauss fils produit Le baron tzigane.
Franz Liszt, qui s'éteindra l'année suivante à Bayreuth, est le créateur du poème symphonique dont la structure n’est plus assurée par la forme sonate, mais par le matériau thématique. Il  compose sa dernière œuvre, la 4ème Méphisto valse, Bagatelle sans tonalité qui témoigne d'un dépouillement du langage, d'une intériorité et d'une modernité prémonitoire. En voici quelques mesures
13/ Bagatelle sans tonalité de Franz Liszt, remarquablement interprétée par le pianiste russe Serguey Sobolev, en entier. 2 mn 43.   
                     
1886
La création de la fédération nationale des syndicats et groupements corporatifs de France est la première tentative d’unification du mouvement ouvrier.
Arthur Rimbaud publie ses Illuminations, Guy de Maupassant Bel ami.
La statue de la liberté est inaugurée à New York.                  
 César Franck présente un de ses chefs d’œuvre les plus joués, ses Variations symphoniques pour piano et orchestre.
Remarquable organiste, Camille Saint Saëns, inspiré par Liszt, produit ses œuvres majeures, la 3ème symphonie avec orgue et le Carnaval des Animaux dont voici un extrait pour clore l’évocation de ces premières années de l’impressionnisme.
14/ Le Cygne, extrait du Carnaval des Animaux de Camille Saint Saëns, dansé par Svetlana Zakharova chorégraphie de Mikail Fokine, en entier. 3 mn 40.
 
 
III - Fin du premier acte
 
C’en est terminé de l’évocation de ces premières années d’impressionnisme musical. Nous y avons peu rencontré Debussy et pas du tout Ravel, les leaders de ce concept. Nous les retrouverons très fréquemment dans la deuxième partie de l’exposé qui complètera ce premier volet jusqu’au début du premier conflit mondial.
Répétons-le, le nombre de compositeurs et d’œuvres aurait mérité bien plus que 2 séances, pour mieux découvrir les un(e)s et les autres. Pourtant, même en impressionnisme, il faut savoir garder mesure.
Ceci ne vous empêche pas de rechercher vous-même sur YouTube des extraits des œuvres citées ci-dessus et non proposées faute de temps.
Avec l’espoir de vous retrouver pour la suite d’une présentation chronologique, certes peu satisfaisante, je n’en ai pas trouvé de meilleure, je vous remercie de votre attention.
 
Avec mes remerciements.
 
 
                                                                                   Michel Seguy, le 7 mai 2021                                                                           





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