Dix-huitième épisode
ZINO FRANCESCATTI (violoniste) 1902-1991


Quelle bonne idée d’Alain Gatimel de nous présenter le violoniste Français, Zino Francescatti !



Ce dernier fait partie de la famille historique des virtuoses français du violon. Au même titre que Gérard Poulet, Pierre Monteux, Ginette Neveu, Régis Pasquier, Christian Ferras, Patrice Fontanarosa (etc.), il a incarné cette école française du violon qui produit encore les meilleurs interprètes du monde. La nouvelle génération représentée par Renaud Capuçon (il était l’invité des Musicales en août dernier) exprime inlassablement sa reconnaissance à ce maître si généreux dans tous les sens du terme.



Ce que ne dit pas Alain Gatimel, c’est qu’il eut la chance, jeune adolescent, de rencontrer Zino Francescatti dans sa maison à La Ciotat. Alain raconte que le musicien, pour le remercier de lui avoir apporté le panier de sa pêche d’oursins, joua pour lui tout seul dans un concert à domicile qu’il n’a jamais oublié. Tel Saint-Paul sur le chemin de Damas, Alain eut ce jour-là la révélation de la musique. C’est donc grâce à Zino Franscecatti que nous pouvons bénéficier des lumières d’Alain, et, en particulier, de son idée de consacrer un Musico-virus ou une conférence à un interprète prestigieux.



Merci pour cette oursinade Alain !



Renato Sorgato, Alain Gatimel


CONFÉRENCE MUSICOVIRUS DU SAMEDI 10 AVRIL 2021

ZINO FRANCESCATTI (violoniste) 1902-1991

"Ce prodige est digne du manteau de Paganini" Mme Roosevelt

Conférencier : Alain Gatimel

Sommaire

1. Présentation par une de ses élèves.
2. Ses origines.
3. Sa carrière.
4. Les chefs, ses partenaires.
5. Ses violons.
6. Son jeu, sa discographie.



1. Présentation par une de ses élèves

Voici ce que dit Gaétane Pouvost ,violoniste, élève de Zino Francescatti: "Né avec le siècle, l'homme côtoya tout ce que les arts produisent de meilleur en ces temps troublés où l'Europe se vida de ses élites. Si son double de Bach avec Enstein ravit les jounalistes, il se produisit avec tous les grands chefs de l'époque, du jeune Karajan d'Aix-la-Chapelle au Boulez du concert d'adieu à New-York en 1975 : Toscanini, Furwängler, Walter, Paray, Ormandy, Münch, Bernstein, Osawa...entretenant des relations d'estime avec tous les grands virtuoses: Thibaud, Milstein, Heifetz, Stern, Menuhin, Kreisler.... il constitua avec Robert Casadesus l'un des plus fameux duo d'après-guerre.

Descendant en droite ligne de Paganini, son jeu intègre une composante lyrique nourrie par le succès de l'opéra à la fin du siècle dernier (le 19°). Situé aux confins du chant et de l'instrument, il semble signifier la revanche du violon Italien à l'époque où tous les grands virtuoses se sont apparentés à l'école Franco-Belge. Dans le labyrinthe du temps, la sonorité constitue le fil d'Ariane de cette filiation exceptionnelle issue du plus grand violoniste de tous les temps."

2. Ses origines

Zino Francescatti est peut-être le seul violoniste virtuose (avec, dans une certaine mesure, Ysaÿe) à ne jamais avoir mis les pieds dans un conservatoire pour y apprendre le violon!!! Seuls ses parents, son travail et sa grande intuition de la musique en ont fait ce qu'il est devenu.

Les parents Le père, Fortunato Francescatti, né en Italie, était avocat de profession. Il avait reçu dans sa jeunesse une très solide formation de violoniste au conservatoire de Milan et s'était perfectionné auprès de Camillo Sivori, seul disciple de Paganini. Le métier d'avocat ne le passionnant pas et surtout quelques amourettes interdites conduisirent Fortunato à quitter l'Italie pour la France où, après avoir tourné comme violoniste dans plusieurs villes, il se fixe définitivement à Marseille en 1882. Il se fait rapidement connaître comme violoniste et officie comme violon solo à la société des concerts classiques et entame une carrière de professeur. Le 9 novembre 1901, il épouse une de ses élèves Ernesta Féraud, âgée de 16 ans (Fortunato en avait 43 !). L'année suivante, le 9 août 1902, elle donne naissance à son premier fils René, qu'elle débaptise aussitôt pour l'appeler Zin, sans doute un bruit d'archet, qui deviendra et restera: Zino. Il grandira donc entre deux violonistes.

Laissons le en parler: "Chaque fois que je reviens sur mes pas, c'est-à-dire à Marseille, à la rencontre d'un petit enfant espiègle, j'ai le coeur comme un métronome affolé. L'émotion bien sûr, mais aussi et surtout la pensée de cette austère et toujours raide rue Dragon qu'il me faut gravir jusqu'au numéro 114, celui de la maison de mes culottes courtes."

" Ne me demandez pas quand j'ai commencé à jouer du violon, je ne m'en souviens pas, pas plus que de mon biberon, de mon hochet ou de mes premiers jouets."

"Chez mes parents, il y avait des élèves, on y faisait beaucoup de musique de chambre si bien que j'avais l'impression que tout le monde sur terre jouait du violon, que cela faisait partie de la vie, qu'il était aussi naturel de jouer du violon que de manger ou dormir. Ma mère me suivait continuellement, elle travaillait elle-même beaucoup le violon six heures par jour à l'époque, et, moi sur mon "demi", je gratouillais en essayant de faire autant de bruit qu'elle." Un souvenir mémorable: le récital d'Isaÿe, à Marseille, j'avais trois ans à peine, mais j'entends encore le virtuose à la stature d'athlète dire à mon père, après m'avoir embrassé sur les deux joues: " j'espère Francescatti que vous en ferez un musicien !"

"Quand j'étais un petit garçon, je dormais avec mon violon dans mon lit, je déjeunais avec mon violon. Mon premier jouet a été mon violon. Je me demande si mon berceau n'était pas une boîte à violon!"


Zino a une excellente oreille, il reconnaît les morceaux que joue sa mère, à l'âge de cinq ans, il connait par cœur le concerto de Beethoven et le joue sur son petit violon sans même savoir lire les notes ! Cette extraordinaire mémoire musicale lui permettra toute sa vie de se concentrer uniquement sur l'interprétation des œuvres qu'il joue. 1914, la guerre, Marseille accueille les blessés du front, Zino 12 ans au violon, sa mère Ernesta au piano, vont jouer dans les hôpitaux.

Zino: "Nous voici en Juillet 1916; dans une modeste salle de quartier, des soldats alliés en convalescence forment le public bruyant d'un concert dont la vedette est un soldat, Mac Milan, un violoniste réputé. Sans savoir pourquoi mon nom se trouve noyé dans le programme. J'avoue que mon apparition en culottes courtes ne manqua pas de mettre la troupe en joie. Pourtant, dès les premières notes, la salle se tut. Ces mélomanes en uniformes, je les tenais, je les conduisais au seul mouvement d'un archet, tel Bonaparte, l'épée à la main au Pont d'Arcole!" Questionné sur ses débuts, Zino parlera d'un concert avec un orchestre amateur où il avait interprété le concerto en ré de Beethoven: "en 1912, j'avais 10 ans, avec un orchestre, sans lire la musique, et non payé!!"

3. Sa carrière

Le premier concert officiel a lieu le 3 Mars 1918, c'est un récital conjoint orgue, piano, violon, Marcel Dupré, organiste et compositeur, est impressionné par la virtuosité de Zino et l'encourage à persévérer, et en fait part à ses parents. Mr Francescatti père, qui n'était pas très favorable à une carrière de musicien pour son fils, mais, plutôt celle d'avocat, il inscrit Zino au conservatoire de musique de Marseille en classe d'harmonie et de composition. C'est là que Zino découvre le piano.

Zino: "Tout petit encore, je jouais d'instinct du piano, cherchant à y retrouver les symphonies entendues, reconstituant avec passion les fugues de Bach. Et pendant que j'étudiais l'harmonie, la composition et le piano comptaient plus pour moi que le violon."

C'est au conservatoire qu'il se lie d'amitié avec Henri Tomasi, qui deviendra le compositeur, grand prix de Rome, que l'on connait. Paradoxe de l'évaluation des talents: leurs professeurs promettaient une carrière de pianiste à H. Tomasi, et de compositeur à Zino Francescatti ! A partir de 1920, Zino, lauréat du conservatoire, obtient grâce à sa mère de nombreux engagements à Marseille et sur la Côte d'Azur.

Extrait de presse: "Dans les variations sur le "God save the King" de Paganini, Zino Francescatti était tout particulièrement à son élément, car il se plait dans l'acrobatique maniement de cette main gauche qui est véritablement prestigieuse, et ici, en souriant, nous ne pouvons nous empêcher de penser à cette histoire d'Alexandre Dumas parlant d'un violoniste qui se servait d'un archet courbe pour faire vibrer ses quatre cordes en même temps! Les personnes à la vue basse auraient pu supposer que tel est le cas, qu'elles se tranquillisent : notre virtuose se servait d'un archet parfaitement rectiligne." Le Petit Marseillais, 14 Mars 1920.

Devenu une vedette locale, Zino finit par convaincre son père qu'il peut faire carrière. Celui-ci cède aux désirs de son fils, lui conseille d'aller à Paris car il n'y a que là qu'il pourra se faire un nom. Muni de lettres de recommandation, en 1920, Zino obtient difficilement deux engagements avec l'orchestre Pasdeloup à l'opéra de Paris et une tournée en province. En novembre 1920, il est atteint d'une forte fièvre typhoïde qui l'oblige à rentrer à Marseille pour se soigner et à poursuivre une longue convalescence dans les Alpes. Il ne remonte sur scène à Marseille qu'en Janvier 1923 dans le cadre des concerts classiques pour de multiples performances, toujours encensées par la presse et le public. Il repart donc pour Paris en 23, mais, vedette chez lui, il est inconnu à Paris et n'étant pas issu du milieu musical parisien, provincial de surcroît, il va de déceptions en déconvenues, n'obtient que très peu d'engagements en tant que soliste,et ne survit que grâce à des cachets de violoniste du deuxième rang dans différents orchestres dont celui de son ami Tomasi. (Les fameux Ysaÿe, Kreisler, Thibaud ont dans leur jeunesse, eux aussi ont connus les derniers rangs de l'orchestre)

Ce n'est qu'en 1929 que la carrière de Zino Francescatti accélère vraiment. Le 2 Mai, il est violon solo dans la concertante de Mozart, remarqué par les critiques, les contrats arrivent peu à peu, et, lors d'un concert où il est soliste avec l'orchestre Lamoureux, le premier violon, une dénommée Yolande de la Brière, est subjuguée par la technique et la prestation de Zino Francescatti, elle est charmante, et ce qui devait arriver arriva, Yolande et Zino accordent leurs violons et leur mariage est célébré le 2 Janvier 1930.Yolande met fin à sa carrière pour se consacrer définitivement à celle de son époux.

Cette année 30 sera décidément un tournant dans sa vie, il signe un contrat avec Mr Delort, impresario, qui prend les choses en main et Zino devient enfin le soliste qu'il voulait être, et, jusqu'en 1940 la logistique Delort fait merveille, les récitals avec piano, les concerts avec orchestre se succèdent sans relâche, du baroque au romantique tout y passe, une véritable boulimie, parfois, quatre concerti par jour, et toujours de mémoire.

Là, où Zino Francescatti excellait, c'était dans le répertoire de Paganini. Il fut le premier à jouer le 1° concerto dans sa totalité avec orchestration complète. Ce morceau de bravoure et de haute virtuosité restera tout au long de sa carrière sa signature. Les programmateurs de concert le lui imposaient très souvent ainsi que le n° 2, "La Campanella".

2. N Paganini : concerto n°1 pour violon

"Oui, j'ai joué Paganini toute ma vie. J'aime cette musique, et, puis cette écriture pour le violon m'allait bien. Je n'avais pas de problèmes techniques, je pouvais tout jouer, tous les caprices et le reste, très tôt. Bien sûr, il y avait beaucoup de travail derrière, mais je me trouvais très bien dans ces œuvres. A l'âge de huit ans, déjà je jouais les caprices de Paganini, pas les plus difficiles, mais, quand même..."

C'est le 12 Mai 1938, lors d'une tournée en Amérique du sud, à Buenos Aires, que Zino Francescatti voit son destin réellement changer: le double concerto de Bach et le 1° de Paganini lui valent une ovation, 20 minutes d'applaudissements interrompus par l'extinction des lumières par les organisateurs. Les U.S.A lui ouvrent les bras, et sa première tournée débute en Novembre 39 sous contrat avec la firme Columbia, et, ce seront deux mois de triomphes de la côte ouest à New-York ce qui fera dire à Mme Roosevelt: "Ce prodige est digne du manteau de Paganini."

Yolande et Zino reviennent en France fin 39. L'Europe est en effervescence, les tournées sont rares et très compliquées sinon impossibles et Zino est heureux de recevoir une nouvelle invitation de la Columbia en Juin 40. Les évènements rendront ce voyage, aux Etats-Unis, rocambolesque, plusieurs faux départs, visas annulés plusieurs fois, finalement le couple quitte Marseille en Octobre 40, passant par l'Espagne, ils embarquent au Portugal pour arriver à N.Y le 3 décembre! Et la série des tournées reprend, trains, cars, hôtels, concerts sans discontinuer avec toujours le même succès. Ce rythme effréné dure jusqu'en Avril 46, le couple rentre en France pour trouver un pays exsangue et un continent en ruine. Pas ou peu d'engagements: un disque et deux concerts en 6 mois, c'est trop peu. Les Francescatti repartent pour les U.S.A. en Décembre 46 et ils s'y établiront jusqu'au dernier concert (d'adieu) à New-York en 1975 sous la baguette de Pierre Boulez.

A partir de 1947, Zino Francescatti mène carrière tambours battants, il est invité partout, sur les cinq continents; Certains de ses voyages lui laisseront des souvenirs émouvants. Par exemple, en Allemagne, le 18 Octobre 1963, E Karajan invite Zino Francescatti et Pierre Founier pour jouer le double concerto de Brahms lors de l'inauguration de la Philharmonie à Berlin. Deux musiciens français jouant une œuvre allemande sous la direction d'un chef jadis adoubé par le régime nazi, quel symbole !!

Aussi, Zino Francescatti se rend deux fois en Israël. La première fois en 49 où il jouera 17 fois d'affilée le même concert, la salle étant trop petite pour le nombre de billets vendus! La deuxième fois en 56, pendant la guerre de Suez et du Sinaï, et, malgré le couvre-feu, il joue le concerto en ré de Beethoven devant 2000 spectateurs; ce qui lui vaudra d'être décoré le lendemain des insignes de "Commandeur de l'Armée" par le président Itzack Ben Zwi avec ces mots: "Dites à vos amis américains que nous avons entendu un grand concert la nuit dernière à Jérusalem, je doute qu'il en ait été de même au Caire." Jusqu'à l'âge de 75 ans, Zino sillonnera le monde avec son violon, et Yolande son épouse lui donnera son temps et son énergie. Après un dernier concert à New-York en 1975, il stoppe net sa carrière comme il l'avait toujours dit. "J'en ai assez, je veux rentrer chez nous."


Le couple se retire à La Ciotat où ils avaient ,en prévision de cette retraite, acheté une vielle ferme sur les hauteurs,vers Ceyreste, face à la baie, tout près de la maison de retraite de la Légion Etrangère. Il suivra quelques jeunes violonistes, participera à des jurys, mais, surtout il profite de son jardin, de ses amis, de la mer, de la vie. Il s'éteint dans la nuit du 16 au 17 Septembre 1991.

Zino Francescatti avait laissé quelques pages de souvenirs, quelques "mots". -1 000 000 kilomètres parcourus. 3350 concerts. 180 chefs d'orchestre. 20 pianistes accompagnateurs. 40 000 heures de violon.
"Après un concert en Amérique, vous pouvez vous acheter une Cadillac; après un concert en Europe, j'ai été obligé de vendre ma Renault."!!!
"On fera quelque chose avec les Allemands le jour où on les rendra individualistes!"
"Je peux jouer deux jours sans arrêt, de mémoire."
"J'ai joué plus de 80 fois avec le philharmonique de New-York, 100 fois avec Philadelphie."

Cette extraordinaire carrière de marathonien de la musique ne fut possible que grâce à l'omniprésence de son épouse Yolande qui, alors qu'excellente violoniste fit abstraction totale de sa carrière pour se consacrer uniquement à celle de Zino. Epouse, infirmière, cuisinière, répétitrice, organisatrice, agence de voyage, elle fut tout, partout, toujours. Après la mort de Zino, elle se consacrera à perpétrer la mémoire de son époux et à faire vivre sa fondation.

3. Les chefs, ses partenaires

Dans ses débuts, Zino fut dirigé par un grand nombre de chef de formations régionales, aucun ne lui laissa un grand souvenir. Jeune virtuose, en passe d'être reconnu, il manifeste peu sa propre vision des partitions devant les "grands" qu'il côtoie: Walter, Toscanini, Munch, Furtwängler..

-Toscanini: "Il fallait absolument marcher comme si c'était le sergent, disons plutôt le général...vous ne pouviez pas discuter avec lui."

-Furtwängler: "On ne pouvait rien lui dire, pas question d'oser un: "cela ne me plaît pas Maître." Et pourtant, à Berlin, pour la première fois où il joue sous sa direction, il s'étonne de la déférence du chef:" J'avais quelques craintes pour le concerto de Paganini. C'est vraiment une des meilleures exécutions que je n'ai jamais eue, vous avez des surprises comme ça, il m'a suivi avec une précision et un esprit étonnant, formidable!"

- Munch(violoniste de formation): "On ne savait jamais où l'on allait, il avait plus de fantaisies au concert qu'en répétitions, moi j'adorais cela."

Au fur et à mesure que son étoile montait, Zino prit de l'assurance vis à vis des chefs pour les répétitions, il impose son jeu: "Le chef doit suivre le soliste, tous les chefs avec lesquels j'ai joué, se sont pliés à cela."

Les premiers partenaires de Zino furent les pianistes accompagnateurs; il en eut beaucoup de médiocres à ses débuts, de sorte que, dès qu'il le put, il choisit lui-même ses accompagnateurs, quitte à payer leur cachet de sa poche.

Mais le seul pianiste avec lequel il fut vraiment complice, c'est Robert Casadesus. Malgré leurs cursus aux antipodes l'un de l'autre, Francescatti formé par ses parents et presque autodidacte, Casadesus pur produit du milieu musical officiel, leur duo reste un des plus fameux du siècle. Leur première apparition en public eut lieu le 11 août 1942 à New-York lors d'une soirée de bienfaisance, Zino en parle : "Pour la première fois je découvre non pas un accompagnateur, mais un réel partenaire soucieux d'approfondir le dialogue entre nos deux instruments." (sonate en do majeur de Mozart). Ils se produisirent souvent ensemble jusqu'à la mort de Robert Casadesus en 1972.

4. Ludwig van Beethoven : sonate à Kreutzer

Zino eut aussi comme partenaire Maurice Ravel lors d'une tournée en Angleterre en 1926, il en garde un souvenir mitigé, Ravel était compositeur mais pianiste médiocre. Par contre, Zino déborde de louanges sur le compositeur et en particulier sur le "Tzigane" que Ravel vient de composer (1924) et qu'il demande à Zino de travailler, il en déclare:"Tzigane, la seule piéce novatrice écrite pour le violon depuis le XIX° siècle, l'oeuvre pour violon la plus prodigieuse depuis Paganini."Admiratif, il demande à M.Ravel de lui écrire un concerto pour violon, Ravel lui répond: "J'ai eu tellement de mal à écrire ce Tzigane et cela a été une telle épreuve pour moi qu'il est hors de question que je me lance dans un concerto."


5. Ses violons

Tout petit Zino dispose d'un 1/16°, mi-jouet, mi-violon, que son père avait fait exécuter par un luthier local, à 3 ans son père lui commande un 1/8°, puis, il prend possession d'un Stainer le "Jacobus"qui sera le violon de son enfance. Adolescent, un Galiano, puis un Gioffredo de 1700. C'est un violon vénitien qui sera le violon de ses premiers succès: le "Santo Seraphino". Après sa tournée en Argentine, pour les grandes salles des U.S A. il cherche un instrument plus puissant, en 1942 il trouve un des rares Stradivarius disponibles le "Hart"(Cremone 1727), instrument peu joué pendant longtemps, que Zino Francescatti eut beaucoup de mal à "réveiller" ce qu'il fit, pendant l'été 1942, encouragé et aidé par Robert Casadesus." Santo Seraphino" et "Hart" ne le quittèrent plus, jouant de ou de l'autre au grès des pièces à interpréter.

Lorsque Zino Francescatti mit fin à sa carrière, il vendit le "Hart" pour financer sa fondation destinée à aider de jeunes violonistes. Ce violon est joué actuellement par Salvatore Acardo. (pour ceux que cela peut intéresser, ils peuvent entendre ce Hart avec S.Acardo dans le concerto en ré de Beethoven dirigé par Carlo Maria Giulini, Scala Philarmonic ,Sony Music, enregistrement de 1992.)

Zino Francescatti fit aussi une tournée aux U.S.A. en jouant le Garnerius "Del Gesus" de Kreisler, mais le violon retourna vite chez son propriétaire la Librairie du Congrès.

Zino Francescatti possédait quatre archets "les témoins de ma vie de travail" disait-il. Un Pecatte, un Lamy, deux Voirin qu'il choisissait en fonction des morceaux à jouer.

6. Son jeu, sa discographie

Le jeu de Zino Francescatti est typiquement Italien par sa vélocité et sa virtuosité d'une part, mais aussi et peut-être surtout par sa faculté à projeter le son, à transcrire inconsciement la voix humaine par de fortes oscillations de son avant-bras dégageant son violon de la poitrine pour pointer le manche vers le haut, comme s'il voulait pousser le son vers les hauteurs. Zino Francescatti peut-être considéré comme une sorte de Paganini "revisité", dépourvu des artifices du jeu de scène, possédant pratiquement tout le répertoire du violon, il pouvait faire la synthèse des genres. De Bach à Ravel, il avait quelques préférences, surtout le concerto en ré de Beethoven et le Paganini de son enfance (Paganini dont il changeait souvent les partitions orchestrales pour cause d'écriture "légère" du Génois). Durant sa longue carrière, il a joué tous les grands concerts, peu de musique de chambre, sa sonorité puissante et son individualisme expliquent cela.

6. J S Bach : "Chaconne"
 

Pour la vedette qu'il était, sa discographie n'est pas très fournie, à peu près 140 enregistrements (Ménuhin 400, Oistrakh 350), les premiers dans les années 20 devant un cornet, les derniers en stéréophonie sur multi-bandes. Zino Francescatti enregistrait les morceaux d'un seul trait pour ne pas "casser le mouvement", très peu de prises pour chaque morceau; par contre, il exigeait d'entendre la totalité de l'enregistrement sur le disque avant d'en autoriser la publication. La quasi totalité de sa discographie de musique de chambre a été enregistrée avec Robert Casadesus ou Arthur Balsam, un de ses pianistes accompagnateurs préférés.

Comme tous les grands solistes, Zino Francescatti a écrit ses propres cadences, ses doigtés pour violon, quelques arrangements et quelques petites pièces de circonstance.

Ce que je retiens de Zino Francescatti: hormis les merveilleux moments qu'il m'a fait et me fera passer, je lui suis redevable de m'avoir fait découvrir le violon grâce à son enregistrement du concerto en ré de Beethoven dirigé par B.Walter, orchestre Columbia, 1961. Mais, comme pour tous les virtuoses, je suis admiratif de leur jeu et de leur sensibilité, mais, aussi admiratif de la somme de travail et de sacrifices que demande cette vie de nomade permanent; et l'on peut comprendre qu'à un moment Zino Francescatti ait dû dire: "c'est assez, j'arrête". Tout de même: première apparition sur scène avant d'avoir 10 ans, dernier concert public à 72 ans, plus de 60 ans de carrière , il avait bien le droit de se reposer à La Ciotat.

7. Ludwig van Beethoven : concerto pour violon en ré 

Alain Gatimel, pour les "Musicales du Luberon".
Avril 2021.




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